ANA INSPIRATION : Vers un final sud-coréen ?

Des conditions de jeu idéales et pourtant, à peine plus de fairway touchés. Et cette sensation que trop de joueuses ont peur de putter tant les green sont roulants. Ce troisième tour a cependant produit du très beau jeu et a délivré un verdict toujours aussi cru, à savoir que les américaine ont du mal à rester maître chez elles.

Le match final s’oriente vers un duel, voir une triplette sud-coréenne avec, comme probable arbitre, une surprenante Danielle Kang, technique et déterminée, un brin sauvage quand il s’agit d’attaquer au bois dans un épais rough. Si I.K Kim reste en bonne position pour aller décrocher ce Majeur qui s’est refusé à elle, en 2012, elle n’en a pas moins concédé du terrain ainsi qu’une ribambelle d’occasions de décrocher un birdie, ce qui lui coûte, irrémédiablement, d’être confortablement en tête, à l’amorce du dernier tour. Comme évoqué hier, Jin Young Ko est en train d’écrire l’histoire, son histoire. Décontractée, relativisant jusqu’à faire de chaque instant un moment agréable, la jeune sud-coréenne est presque insolente quand elle sort du trou n°10, à –10, en ayant aligné 6 birdie quand d’autres sont à la peine pour sauver le Par. Et l’australienne Katherine Kirk est de celles-ci. Tout débute mal pour Kirk qui trouve un bogey dès le premier trou, qui est vite effacé par un birdie en suivant. Mais après, l’australienne de 37 ans va batailler plus pour sauver un Par que pour prendre un birdie. En cause, ces green si compliqués à attaquer, qui ne parviennent pas à stopper les balles et des positions de drapeaux judicieusement placées près d’une pente, d’un rough ou d’un obstacle d’eau desquels il ne faut surtout pas s’approcher. Ce fut presque un ennui que de suivre les neuf premiers trous. Il n’y eut guère de spectacle. La stratégie est rythmée autour de ces incontournables difficultés. Il faut attendre l’arrivée des joueuses de tête, sur le retour, pour commencer à sortir de notre léthargie. Même Lexi Thompson va relever la tête alors qu’elle a totalement sombré et perdu ses chances de victoires.

L’ombre plane sur Thompson

Deux bogey dès le début de la partie (2 et 4) puis un birdie sur le 6 avant cafouiller copieusement sur le 7, ce qui lui coûte un double bogey. Dégringolant à +1, l’américaine est, une fois encore, engluée dans son putting dont on ne sait dire s’il est bloqué par la peur du putt ou la peur de manquer un birdie. Et son cadet, ne semble pas pouvoir faire grand chose. Pourtant, c’est avec Robert Benjamin Thompson, alias Benji, qu’elle a remporté cette même épreuve, en 2014. Caddie depuis 2009, ayant évolué sur le sac de joueurs du Web.com, Benji Thompson, homonyme sans lien de parenté, connaît bien sa joueuse. Mais le trouble qui habite l’ex numéro 1 américaine semble être profond, hors d’atteinte de l’entourage extérieur. Pour preuve, lorsque l’américaine se présente sur le green du 18, qu’elle a brillamment touché en 3, avec une balle qui s’est placée en position de birdie, son attitude, au moment d’ajuster le putter, derrière la balle, trahi une angoisse, la crainte de mal faire. Comme si ce trou de 10,8 centimètres de diamètre, abritait un monstre. Ce bogey blanc au fond du trou c’est le « Ça » de Lexi Thompson. Ce rêve diabolique qui prend la forme de ce qui nous angoisse le plus et qui passe de chimère à réalité pour nous traquer dans le monde éveillé. Que l’on aimerait lui dire que le putting n’est jamais qu’un jeu de pousse baballe sur un tapis vert. Que l’on aimerait lui dire qu’il faut simplifier le putting à l’extrême pour en retrouver tout le sens. Que l’on aimerait lui dire qu’il n’y a pas de clown aux dents pointues, la bouche maculée du sang de ces dernières victimes. « Ça » n’est pas réel, « Ça » ne sortira pas du trou pour la croquer. Mais voilà, entre elle nous il y a un écran de télévision et souvent des milliers de kilomètres. Alors, dans sa posture de petite fille stressée, Thompson putte, et manque le birdie. A quoi cela sert-il de faire autant de séances de musculation et de fitness, de porter des balles à presque 300 mètres, au drive, pour être incapable de rentrer un putt en position de birdie ? Poster des photos, sur Instagram, dans une posture de starlette, semble, tout à coup dérisoire, quand, face à une souris, l’éléphant se met à trembler. Avec un score de –1, en 15ème position, Lexi Thompson ne gagnera pas, mais elle peut encore espérer remonter dans le Top 10, voire le Top 5, si les leaders devaient mettre genoux à terre. Car en signant deux birdie sur son retour, elle a démontré, une fois encore qu’elle est capable de très bien jouer.

Au K par cas

Ainsi, le dernier tour s’annonce disputé et notamment avec trois joueuses autant régulières qu’offensives. Ko, Kang et Kim, trois des K de ce Majeur, si l’on écarte Kirk, qui a montré des signes de faiblesse dans ce moving day. La victoire vient souvent de l’arrière, avons-nous écrit régulièrement. Et Danielle Kang, très en forme, pourrait bien être cette vainqueur qui sommeille en 3ème position. L’américaine ne signe qu’une carte de 70 mais un 70 bien construit voire même bien défendu. Et quand Danielle Kang, sur le 15, décide de sortir une balle du rough, avec un bois 5, alors que son caddie lui conseille de jouer plus en sécurité, Kang s’érige en talent pur. « Ce fut l’un des coups les plus difficiles que j’ai eu à jouer », déclarera-t-elle. Avec 16 green en régulation, l’américaine affiche la meilleure statistique des joueuses de tête. Cependant, même si Jin Young Ko n’a touché que 14 green, que I.K Kim en a pris 11 et Mi Yang Lee seulement 12, les trois sud-coréennes seront des obstacles sérieux, pour l’américaine. Et notamment les deux autres K que sont Kim et Ko. Ces deux joueuses ne lâchent rien et sont capables d’inverser la vapeur rapidement. A –10, en tête, devant I.K Kim à –6, Jin Young Ko va pourtant connaître un passage à vide. Sur le Par 3 du 14, elle tente le mat et reste courte, trouvant l’obstacle d’eau. La sanction est sévère. Un double bogey vient plomber sa carte. On croit alors que I.K Kim va en profiter sur ce même trou où elle se présente quelques instants plus tard. Pas du tout. Constamment à la recherche d’un birdie, Kim va échouer d’un rien. Birdie manqué au 12, au 14, au 16. I.K Kim aurait pu dominer ce tour et se placer largement en tête. Profitant des fautes de sa compatriote qui va concéder un bogey sur le 15 pour redescendre à –7, à égalité avec I.K Kim. Ko va se relever et montrer, comme Danielle Kang, l’étoffe d’une grande championne, dont le meilleur reste à venir. Avec un birdie sur le 18, Ko relève la tête et reprend le large, de deux coups. Mais I.K Kim va, enfin, trouver ce birdie qui se refuse à elle, depuis 7 trous. En revenant à –7, sur le 18, à un coup derrière Ko, elle conserve toutes ses chances de remporter ce tournoi. Mi Yang Lee viendra-t-elle arbitrer les débats ? C’est possible, mais la compatriote de Ko et Kim doit son score de –5 à ce trou en un qu’elle réalise sur le 16, emportant, du même coup, les deux billets d’avion, mis en jeu par le sponsor principal. Mais en cas de faux pas des deux joueuses de tête, Lee est une potentielle vainqueur tout comme Lee6, qui pointe à –3. Ou pourquoi pas, Alena Sharp, également à –3, elle qui signe la performance du jour, avec un carte de –5. Elle succèderait, alors, à Sandra Post, double vainqueur en 1978 et 1979, lorsque ce tournoi n disposait pas du statut de Majeur.

Quoi qu’il en soit, comme ce fut le cas toute la semaine, les derniers groupes auront fort à faire sur ce parcours qui se défend très bien. Et il se peut qu’il y ait du spectacle, autant à l’avant qu’à l’arrière car Sung Hyun Park (-2), Brooke (-2) M.Henderson, Stacy Lewis (-2), Xiyu Lin, Jessica Korda (-2) et sans doute Ally McDonald, qui a disparu du groupe de tête, comme supposé hier, défendront bec et ongles leur position.

Rendez-vous, ce soir, à minuit, sur Golf Channel, pour suivre le dénouement de ce premier Majeur de la saison et voir si Ko l’emportera par K.O.