Lexi Thompson : l’incroyable histoire d’une famille recomposée

Après des mois d’incertitude, Lexi Thompson a retrouvé le chemin du succès non sans avoir traversé une période particulièrement troublée. Et la naissance même de cette joueuse exceptionnelle est elle aussi entourée d’une histoire tragique qui pourrait bien faire, de la floridienne, l’élue, que le golf américain cherchait, jusqu’à s’en fabriquer des icônes.

Lorsque ce dimanche 30 mars 2017, Sue Witters, commissaire du LPGA, s’avance vers la joueuse qui est en tête du premier Majeur de la saison, pour lui annoncer qu’elle est pénalisée de quatre coups, pour ne pas avoir replacé sa balle à l’endroit exact où elle fut marquée, sur le green n°12, alors qu’elle mène, voire qu’elle domine, avec deux coups d’avance, le ciel s’abat sur la n°1 américaine. Ces images douloureuses, nous les avons toutes et tous encore en mémoire. De ce tragique épisode, les instances internationales du golf vont en tirer des leçons et notamment changer le règlement qui interdira, entre autres, toute délation postérieure pour un fait de jeu qui n’a pas été observé et sanctionné sur le moment. Mais dans l’esprit de la joueuse, le mal est fait. Quelques mois plus tard, c’est le clan familial qui est blessé lorsque Judy, la maman de Lexi Thompson doit annoncer, à ses enfants, ce lourd secret qu’elle cachait depuis des semaines, notamment pour ne pas perturber la carrière sportive de sa fille, qui s’était brillamment relevée, en remportant le Kingsmill Championship. Après s’être battue contre un cancer du sein, Judy Thompson est à nouveau saisie par la maladie. La cause, le Tamixofène, un médicament pour traiter le cancer du sein, qui lui a été prescrit et dont l’un des risques est de favoriser, ironie du sort, le cancer de l’utérus. Soutenue par Morgan Pressel, qui possède un réseau influent dans le secteur médical, Judy Thompson est hospitalisée le 6 juin 2017. Lexi Thompson ne laisse rien paraître. Alors qu’elle aurait souhaité être aux côtés de sa mère, elle est au Canada, pour disputer le Manulife LPGA Classic dont elle terminera seconde. Jusqu’ici, l’histoire était tout ce qu’il y a de plus banale. Une famille, des enfants impliquées dans un parcours sportif, voire une carrière brillante pour la cadette, la maladie d’un parent comme des millions d’autres individus qui traversent ce genre d’épreuve et la vie qui passe avec ses joies et ses peines. Sauf qu’ici, il s’agit d’une famille qui a déjà profondément souffert et le plus jeune enfant est particulièrement exposé médiatiquement.

Solheim Cup et break forcé

Vue au travers des réseaux sociaux et du poste de télévision, la vie des stars, des personnalités ressemble à un long fleuve tranquille rythmé par les dates qui font leur actualité. Le grand rendez-vous, pour Lexi Thomspon, c’est la Solheim Cup. Victorieuse en Allemagne, l’équipe américaine a soif de victoire et plus encore cette année 2017 où l’épreuve se déroule en terre américaine, dans l’Iowa. C’est la grande messe du golf féminin, la Ryder Cup des filles, le Saint Graal à rapporter, tous les deux ans. Qui peut alors imaginer qu’au milieu de cette grande fête, une ombre est en train de prendre possession de l’esprit d’une des plus brillantes joueuses de sa génération ? Chacun a encore en mémoire ce match en simple, qui oppose Lexi Thompson à Anna Nordqvist. Certains médias l’ont même désigné comme l’un des plus grands matchs de l’histoire de la Solheim Cup. Les deux joueuses traversent une période difficile. La suédoise a contracté une mononucléose, quelques mois plus tôt et lutte contre une sévère fatigue. Quant à l’américaine, chacun la sent fébrile mais personne ne sait encore quelle tourmente habite la joueuse. Après 9 trous, Thompson est 4 down. Sur le fairway du 10, Lexi Thompson est chancelante, tenue en échec par la suédoise qui restera la meilleure joueuse de cette équipe européenne. L’américaine est si fébrile que la capitaine, Juli Inkster, entre sur le fairway et vient réconforter sa joueuse. A la limite de s’effondrer en larme, Lexi Thompson assume son rôle et son statut, trouvant l’énergie de se remettre dans la partie. Il faut préciser qu’un autre facteur affectif, enveloppe ce match. Le caddie de Lexi Thompson n’est autre que le petit ami d’Anna Nordqvist, cette rivale que l’américaine se doit impérativement de battre, pour glaner un précieux point de match. Aussi, après un long putt pour birdie pour revenir 3 down, Lexi Thompson rentre le plus bel eagle du tournoi, par une approche sur le green du 11. Nordqvist, qui n’a pas dit son dernier mot, va tenir tête à l’américaine et lui répondre coup pour coup. C’est sur un match à égalité que les deux joueuses clôturent leur journée. Mais l’ombre progresse. Elle attend son heure. Au début du mois de septembre, Lexi Thompson remporte, de main de maître, l’épreuve inaugurale sur le golf d’Indianapolis. La vie semble avoir repris son cours. Les jours heureux triomphent des sanglots longs et le golf féminin se dit que la joueuse américaine a vaincu le signe indien. Seulement il y a ce putt, ce dernier putt lors de la dernière épreuve de la saison. L’américaine est à 80 centimètres de remporter le CME Group Tour championship et de faire le doublé avec la place de n°1 de la Race to CME. Mais la joueuse ne semble pas très assurée. La balle passe juste à côté et ce putt va peser lourd. Dans les mois qui suivent, Lexi Thompson est accablée par les fans et quelques médias, à propos de son putting. Et à juste titre. Cherchant des solutions, elle testent différents putter. Sans réel succès. Le début de l’année 2018 est un peu chaotique. Parfois dans le Top 5, parfois dans les profondeurs du classement, Lexi Thompson ne parvient plus à dominer et chacun se rend bien compte que derrière la balle, sur les green, c’est une joueuse fatiguée, éprouvée nerveusement qui se présente. Le 25 juillet, elle annonce, sur son compte Twitter, qu’elle est forfait pour le British Women’s Open. C’est un coup de tonnerre. Le 23 août, elle manque son premier Cut après 33 départs. Certaines joueuses se satisferaient volontiers d’un tel résultat. En septembre, l’américaine échoue également à Evian, pour le dernier majeur de la saison. Finalement, Thompson décide de faire le grand nettoyage et annonce, le 1er mai dernier, qu’elle fait une coupure avec les réseaux sociaux après avoir décidé de blacklister les fans indésirables qui la tourmentent, à propos de son putting. C’est finalement son agent et sa famille qui géreront l’image de la joueuse. Une bonne décision puisque Lexi Thompson a renoué, ce 9 juin dernier, avec la victoire après une seconde place à l’US Women’s open. Entre temps, il y a ce frère, lui aussi golfeur, qui est venu caddeyer sa sœur et resserrer le lien familial, comme un voile protecteur. Il se nomme Curtis, et derrière ce prénom se cache toute l’histoire de la famille. Se cache un autre drame.

Le père, cet oncle qu’elle n’a jamais eu

Judy et Scott accueillent leur second enfant, le 10 février 1995, à Coral Springs, en Floride, sans savoir que ce bébé va devenir le centre de tous les intérêts de la planète golf. Dans la famille Thompson, le sport est très présent, comme dans de nombreuses familles américaines. Et c’est le golf qui domine. Les deux frères d’Alexis, véritable prénom de Lexi, jouent au golf. Nicholas, l’aîné, évolue sur le PGA tour tandis que Curtis, exerce son talent sur le Web.com Tour. Lexi Thompson a donc deux exemples sportifs devant les yeux et tout naturellement elle va choisir le golf comme discipline sportive. Très jeune, elle se fait remarquer et remporte plusieurs victoires. A l’âge de 12 ans, elle devient la plus jeune joueuse amateur à se qualifier pour l’US Women open. Michelle Wie a attendu ses 14 ans pour débuter dans cette épreuve. Après une brillante carrière d’amateur, Lexi Thompson devient professionnelle en 2010 et signe, la même année, un contrat avec l’équipementier Cobra Puma. Ainsi que nous l’avons vu, Lexi Thompson a deux frères, pourtant, Lexi est le second enfant du couple formé par Judy et Scott. Et en voici la raison. Le 8 mars 1980, Judy épouse Paul Thompson, son petit ami rencontré à l’université. Paul a un frère, prénommé Scott. Deux ans après cette union, né Nicholas, le jour de noël. Le couple Thompson vit dans le bonheur et reçoit cet enfant comme un cadeau du ciel. Malheureusement, un drame frappe le couple, huit semaines plus tard. A 25 ans, Paul Thompson est passionné de ski. Aussi décide-t-il de partir avec son frère Scott et deux amis d’enfance pour le massif de la White River National Forest, dans l’état du Colorado. Paul laisse sa femme Judy et son fils Nicholas, à la maison, et les embrasse, sans le savoir, pour la dernière fois. Les circonstances du drame restent imprécises. Mais il a été rapporté que le groupe d’amis s’est séparé après avoir croisé un groupe d’adolescents qui skiaient également dans leur zone. D’un côté Scott et Marty, et de l’autre Paul et Jimmy, qui n’est autre que le frère de Judy. Dans un virage, Paul a perdu le contrôle de ses skis. Il est tombé en contre bas et a heurté un rocher. Au bas de la pente, Scott et Marty attendent Paul et Jimmy quand bientôt la rumeur fait état d’un accident, plus haut. Arrivé sur les lieux, Scott constate qu’il s’agit de son frère et fut profondément choqué. Malgré l’intervention des secours et le transport en hélicoptère à l’hôpital, Paul Thompson ne survécut pas à ses blessures. Se sentant responsable de la mort de son frère, Scott Thompson jura de veiller sur sa veuve et son fils. Progressivement, les liens amicaux entre Judy et Scott, son beau frère, devinrent plus affectifs et Scott finit pas épouser Judy Thompson le 31 octobre 1985, trois ans après le drame. De cette union, naquirent deux enfants, Curtis, et Alexis. Ainsi, Nicholas n’eut jamais de souvenir de son père et Curtis et Lexi eurent comme père celui qui devait être seulement leur oncle. Mais le souvenir de Paul Thompson est toujours très vivant. Car si Paul était son prénom, Curt était son prénom usuel. Curt comme Curtis. Ainsi, le premier enfant de Judy et Scott porte-il le prénom de celui qui, trop tôt disparu, est à l’origine d’une incroyable famille recomposée qui donna naissance, à un second enfant de l’amour, l’une des plus grandes joueuses américaines de golf de sa génération. Forcément, lorsque Lexi est caddeyée par Curtis, son frère, l’image est bien plus forte pour celles et ceux qui connaissent l’incroyable histoire de la famille Thompson.

Par JH Curaudeau

Source Golf Channel et PGA

Lexi Thompson lors de l’US Women’s open 2019 (Photo LPGA/Streeter Lecka Getty images)