Thornberry Creek LPGA Classic : Icher se réveille, Park faiblit

« What a day ! » diraient les américains qui ont assisté à ce troisième tour. Oui, quelle journée incroyable où les birdie n’ont pas cessé de tomber dans le fond du trou, que la ficelle soit longue ou courte. Et d’ailleurs, ce sont les putt courts qui ont étaient les plus dévastateurs. Et si le leaderboard affiche un quatuor en tête, à –20, c’est parce que la tension fut un peu plus électrique dans la banlieue de Green bay. Et les françaises se sont bien comportées.

Comment ne pas évoquer la performance de la française Karine Icher qui a réalisé une carte de 64, vierge de bogey alors que depuis son retour sur le circuit, elle était une ombre en fond de classement, souvent balayée par le Cut. Cela faisait trois ans et deux mois que l’ex numéro un française n’avait plus joué aussi bas. Sa dernière performance, sur un tour, remonte au second tour du ShopRite LPGA Classic, où elle avait rendu une carte de 62 sur un Par 71. Depuis, la française était plus abonnée à des scores modestes. Rien de comparable avec les meilleures du circuit pour qui sortir une journée à –4 est un résultat normal pour qui veut prétendre à la victoire. Alors, quand ce samedi, la française est sortie de sa journée sur le score de –13, avec 8 birdie, dont cinq à l’aller, forcément chacun se dit que le potentiel est là mais que depuis des années il manque ce petit quelque chose qui ne lui a jamais permis de décrocher la victoire. Reste à savoir s’il s’agit d’un réveil ou d’un soubresaut. Néanmoins, le score est là, figé dans le marbre et tous les supporters tricolores attendent la suite avec impatience. Quant à Céline Boutier, à –14 au classement provisoire, elle a fait le job en inscrivant 5 birdie dans sa première partie de journée. Classée 13ème, à 6 coups des leaders, elle et Karine Icher (20ème), peuvent nourrir l’ambition de très bien terminer ce tournoi qui, nous l’avons vu, a secoué la leader qui s’est crue trop vite arrivée.

L’arrière garde a du répondant

Avant d’évoquer les joueuses du groupe de tête il convient de s’attarder sur celles qui accusent un retard d’à peine 5 coups et qui ont, une fois encore, produit un jeu impressionnant. Telle Nicole Broch-Larsen, qui a aligné 7 birdie à la suite, entre le trou 2 et le drapeau du 8. Bien que son aller soit entaché de deux bogey, elle signe un eagle sur le 15, le trou classé Risk Challenge. A –14, la danoise semble avoir le parcours en main puisqu’elle réalise une performance chaque jour. La néerlandaise Anne Van Dam est également sur le même rythme de progression. 69 jeudi, 68 vendredi, c’est une carte de 65 qu’elle rend à l’issue de ce moving day tout en ayant été stoppée, dans son élan, par un bogey sur le 16. Auréolée de quatre victoires sur le L.E.T, et même si elle manque encore de régularité, sa première année sur le LPGA est ponctuée de coups d’éclat qui lui permettent d’intégrer le Top 100 de la Race to CME et peut-être, de signer un premier Top 10, ce dimanche. La mexicaine Gaby Lopez et la sud-coréenne Eun-Hee Ji ne faiblissent pas. Les deux jeunes femmes signent un eagle, la première sur le 13, et la seconde sur le 9. A –15 en 11ème position, elles talonnent Alison Lee, Hyo-Joo Kim qui pointent à –16, juste derrière l’armada qui semble invincible… à moins que.

Park dérape, Joh menace

Qu’il est étrange ce groupe de tête avec un carré de co-leader aux profils atypiques et si charismatiques. Qui aurait pu prévoir que la chinoise Shanshan Feng, qui ne parvenait plus à marquer de son empreinte les tournois du LPGA depuis, au minimum sa 7ème place au British Women’s open, en 2018, qu’Ariya Jutanugarn, triple vainqueur en 2018, et si peu présente dans un Top 10, depuis le début de la saison et que Tiffany Joh, jusqu’ici joueuse de second plan, seraient toutes les trois, à jouer la gagne aux côtés d’une Sung Hyun Park, conquérante, sûre d’elle et pourtant si fragile quand la machine s’enraye ? Evidemment personne. Et il y a autant de badauds au balcon que peu de monde au guichet des parieurs quand la toute jeune Yealimi Noh fait irruption, du haut de ses 18 ans, dans deux semaines. Et le contraste est saisissant lorsque, sur le parcours, Noh se présente avec Sung Hyun Park, numéro 1 mondial et double vainqueur en Majeur. Assurément, ce dernier groupe a rencontré un franc succès et la partie fut passionnante à suivre. Durant 18 trous, la jeune californienne s’est accrochée au score, pour ne pas lâcher un coup, à défaut d’en gagner. Un seul birdie à l’aller et un eagle, sur le 9, lui ont permis de rester au contact. Peu impressionnée, concentrée sur son jeu, Park a déroulé, comme à son habitude. Après un bogey sur le 1, la machine à birdie s’est mise en route et n’a plus faibli, jusqu’au 15. Leader à –23, Park plaçait une belle mise en jeu, au-delà du bunker, pour se mettre en position de prendre le green du 15, en deux. Mais le grain de sable a enrayé le mécanisme. Une balle légèrement au-dessus des pieds, un coup de bois légèrement ouvert à droite et c’est une balle qui prend la direction de la pièce d’eau avec un drop et une pénalité à suivre. Le scénario catastrophe aurait pu s’arrêter là si la sud-coréenne n’avait manqué son approche, se laissant un long putt, d’une dizaine de mètres. Le premier putt est appuyé et bien dosé, mais la balle dépasse le trou. Le bogey est à venir et la distance est si faible (1 m environ) que ce n’est plus qu’une anecdote. Sauf que Park, comme Thompson ou I.K Kim avant-elle, connaît l’impensable. La balle mord à peine le bord du trou et repart en virgule, à 90° à droite. Stupeur, sur et autour du green. Ce double bogey gifle Sung Hyun Park au moment où elle s’y attend le moins. L’émotion est si forte qu’elle en perd ses moyens et signe un bogey sur le trou suivant. En l’espace de deux trous, la leader, qui semblait hors d’atteinte, se retrouve à la merci du groupe de chasse composé de Jutanugarn, Feng, Joh et surtout Yealimi Noh qui assiste au spectacle. Pourtant, la jeune californienne ne parvient pas à saisir sa chance. Son birdie du 16 compense le coup perdu sur le 14. Pour Ariya Jutanugarn, après 4 birdie (12, 13 ,14 et 16) c’est un bogey sur le Par 3 du 17, qui égratigne sa carte. Et au 18, elle manque son putt pour birdie pour rester à –20. Shanshan Feng est moins en veine depuis son eagle du 13 et le birdie du 14. Elle ne signe que des Par en ne se laissant pas de réelles chances de birdie, en raison d’approches trop loin du mat. C’est un peu le même scénario pour Tiffany Joh qui a figé son score après un eagle sur le 13. Plus généralement, il fallait observer que les green sont très réceptifs et qu’il est possible d’attaquer les mats. Que sur les longs putt, la ligne est fiable et les chances de faire tomber la balle sont importantes. Mais le parcours ne cède réellement que lorsque les putt sont à moins de 4 mètres. Et la plupart des joueuses de tête n’ont pas suffisamment serré le jeu, sur la conquête des mats. Alors qui peut l’emporter ce soir ? Sung Hyun Park sans difficulté. Mais aussi Tiffany Joh qui, après avoir remis à plat son jeu cet hiver, disposant d’une grande expérience, faisant de chaque minute de sa vie un feu d’artifice, tient l’opportunité d’une première victoire en carrière. Et l’année 2019 semble bien propice à ce type d’événement. Ariya Jutanugarn est également favorite, car elle n’a jamais aussi bien joué, depuis le début de la saison qu’avec la pression constante de voir les autres joueuses revenir au score, à tout instant. Toujours aussi décontractée, Shanshan Feng a de l’expérience en la matière mais aussi le tempérament pour sortir un dernier tour sans faille comme cumuler les bourdes. Dans le cas où ces joueuses de tête, ne parviendraient pas à rester dans le rythme, Amy Yang, qui est à –18, avec l’américaine Mina Harigae, pourrait bien être cette outsider revenue de l’arrière, pour coiffer tout le monde sur le poteau. Epaulée par Kevin McAlpine, le duo dispose d’une grosse côte d’autant que la sud-coréenne a réalisé un festival de birdie. Quasiment neuf à la suite. Enfin, il y a la jeune génération chinoise, avec Jin Yan. Pas l’ombre d’un bogey sur sa carte et une journée en 63. Pour un 3ème tour, même à Oneida, c’est un signe. Et il n’est pas indien.

Quoi qu’il en soit, le record de Sei Young Kim devrait tenir, une année de plus car l’on voit mal comment la vainqueur pourrait jouer –12… à moins que nous soyons, cette année encore, dans un tournoi de l’exploit.

Pour le savoir, rendez-vous, ce soir, à 00h30, sur Golf Channel pour suivre le tour final de ce Thornberry Creek LPGA Classic, qui mérite, plus que jamais, sa place au calendrier.

Le classement provisoire ici