Thornberry Creek LPGA Classic : Shanshan Feng sur le fil

Ce tournoi est sans aucun doute celui des superlatifs. Hyper prenable, le parcours est celui qui résiste le moins de tous les tracés de la saison. Supers scores, car à aucun moment dans la saison il n’y a autant de birdie réalisés dans une semaine. Extra spectacle, parce que les joueuses rivalisent d’adresse et de talent, sur chaque trou, pour ne pas se faire décrocher au classement. Et ce dimanche, un nouveau record est tombé avant de saluer une victoire inattendue mais pas anodine. Retour sur les dernières heures d’une superbe journée qui marque, cette année encore, le calendrier du LPGA Tour. 

Ce sont les deux derniers groupes qui vont concentrer l’attention, en ce milieu d’après-midi puisqu’en raison de l’allongement des journées, les organisateurs ont étalé les départs entre 9h45 et 15h25. Si ces deux duos réunissent les meilleures joueuses du plateau, les autres groupes sont également qualitatifs et le spectacle ne manque pas. Et d’ailleurs, le groupe 12 va faire parler de lui. Il est thaïlandais avec Thanpollboonyaras d’un côté et Tavatanakit de l’autre. Professionnelle depuis le début de la saison, bénéficiant d’une invitation sponsor, la joueuse de 19 ans, qui s’est classée 26ème lors du dernier ANA Inspiration, a pulvérisé le record du parcours et détrôné Sei Young Kim qui, en 2018, avait placé la barre tellement haute, qu’elle semblait infranchissable. Trois eagle, dont le premier dès le trou n°3, et cinq birdie, ont permis à la thaïlandaise de signer une carte vierge de bogey, en 61. Elle devient la 3ème joueuse de l’histoire du LPGA, à établir un score très bas, en étant devancée par ses aînées Paula Creamer, qui signait un 60 en 2008 et Annika Sorenstam, la seule joueuse à être descendue sous ce seuil, avec une carte de 59 en 2001, sur le parcours de Moon Valley, dans l’Arizona. Avec un score de –20, Tavanakit, qui fit ses études à UCLA, prenait la tête du tournoi, en revenant d’une place de 45ème. Un exploit salué sur les réseaux sociaux et dans la presse. Et à ce moment de la journée, Les derniers groupes se sont juste élancés, laissant supposer un dernier tour animé. Et il le fut, dans une moindre mesure.

Boutier dans le Top 10, Icher placée

Belle semaine de la n°1 française qui continue d’enflammer le cœur de ses supporters et plus largement, des passionnés de golf, dans l’hexagone. Après sa victoire, lors de l’ISPS Handa, en Australie, qui constitue également un Top 10, la native de Clamart, signe son troisième Top 10, après sa superbe 5ème place de l’US Women’s open. Toute la semaine, Céline Boutier est restée constante en se maintenant au contact et cette dernière carte de 65 prouve que non seulement elle sait jouer bas mais qu’elle ne faiblit pas dans un dernier tour. Ce qui est la qualité des meilleurs joueurs et joueuses qui sont, notamment, sortis vainqueur d’un tournoi. Avec un aller en 31, Boutier réalise les neufs premiers trous sans faute. Même s’il est possible de dire qu’un Par est un birdie manqué. Néanmoins elle est dans le rythme des meilleures avec cinq birdie. Puis, sur le retour, elle a maintenu cette cadence jusqu’au bogey du 17, qu’elle va magnifiquement corriger par un birdie sur le 18. Son score de –21 total lui permet de terminer à la 9ème place, constituant sa troisième meilleure performance de la saison. Et sur un tel parcours, et à moins d’être malade, personne n’aurait compris qu’elle ne suive pas le rythme. Quant à Karine Icher, auteur d’un soubresaut lors du moving day, elle semble retrouver ses repères et ses moyens. Franchissant le Cut sur le score de –5, qui était un minimum requis, elle a gratifié ses fans d’une magnifique carte de 64 lors du moving day, puis est revenue dans ses scores habituels avec un dernier tour à –2. Cette 35ème position constitue son meilleur résultat de l’année et face à la nouvelle génération qui joue, sans complexe, mois dix en deux tours, la française peut s’estimer heureuse de terminer si bien placée. Reste pour elle à confirmer sur les autres tournois où les parcours ne se laisseront pas aussi facilement conquérir.

Un beau plateau final

Plus c’est long plus c’est bon, a-t-on l’habitude de dire. Et telle une sucette qui n’en finit plus de nous faire saliver, ce tournoi nous a tenu en haleine, jusqu’au bout, au point qu’un playoff aurait prolongé le plaisir. Car, avouons le, Shanshan Feng n’était pas la favorite de cette épreuve, pas même Sung Hyun Park qui, bien que très en forme depuis plusieurs semaines, pouvait accuser un peu de fatigue après sa victoire le week-end précédent. Pas même Ariya Jutanuagrn qui se montrait peu convaincante depuis le début de la saison, même si elle reste une valeur sûre du golf mondial. En revanche Hyo Joo Kim, dont le niveau de jeu est très élevé en ce moment, et qui a échoué la semaine passée, avait un peu plus la côte. Et puis, comme à chaque tournoi, il y a les surprises. Ces joueuses qui sont en phase avec le parcours et qui dominent outrageusement, au moment où personne ne les attend. Mais à bien y regarder, ce classement final rassemble tout de même les meilleures mondiales et notamment trois anciennes n°1 du Rolex Ranking dont une a retrouvé son siège. Ce sont également des vainqueurs de Majeurs. Alors quand S.H Park a pris la tête de cette épreuve au terme de la seconde journée, la hiérarchie semblait respectée avec une Ariya Jutanugarn 3ème, une Shanshan Feng 6ème, et des joueuses en devenir gravitant autour. Car la chinoise Yu Liu, n’en doutons pas, est appelée à faire une belle carrière. Tout comme Yealimi Noh ou Kristen Gillman. Des noms qui devraient revenir dans un Top 10, dans les mois à venir. Plus surprenante fut la présence de Tiffany Joh, parmi les leaders. L’américaine a connu un parcours irrégulier jusqu’ici qui ne l’a jamais placée comme une favorite. Mais cette fois-ci, il en est autrement. Ayant remis à plat son jeu, cet hiver, la voici armée d’une nouvelle motivation et d’un niveau de jeu bien plus affûté. Sa présence dans le dernier groupe est même un exploit. Pourtant, ce dernier tour lui sourira bien moins que les tours précédents.

Feng échappe au playoff

L’américaine va rapidement décrocher du groupe de tête, d’où elle est partie co-leader. Après un birdie sur le 2, Joh va se heurter à la difficulté de rentrer les putt et ce sont des Par qui vont s’inscrire sur sa carte. Tandis que Feng assomme le parcours et va sortir en 31 de son aller, avec cinq Par. Devant, Ariya Jutanugarn a fait le show. Elle mène le tournoi devant Mina Harigae, grâce, notamment, à une spectaculaire sortie de bunker dont la balle est venue se figer au bord du trou… avant de tomber tout net, au fond. Une fois encore, la thaïlandaise a fait parler son petit jeu et sa technique qui la placent parmi les meilleures. Sung Hyun Park assiste à l’événement et tente de suivre le rythme. Mais elle ne parvient pas à concrétiser. En cause, un putting moins précis  qui va, comme la veille, lui jouer un mauvais tour. Comme sur le 14 où elle fait « pitcher » sa balle qui termine à 1,30 mètres du mat. Le putt semble une formalité et pourtant, c’est la virgule, de nouveau, qui attend la sud-coréenne. Dépitée, elle doit se résigner au Par. Encore un birdie qui s’envole. Après avoir placé deux eagle sur l’aller, Jutanugarn enfonce le clou avec deux nouveaux birdie sur le 12 et le 13. Elle prend d’ailleurs l’ascendant sur ce 12ème trou, grâce à une ficelle d’environ 6 mètres, qui lui permet de pointer à –27. Partie trente minutes plus tôt, Hyo-Joo Kim poursuit son festival. Après six birdie à l’aller, elle est toujours au contact, à deux coups de la tête, grâce à deux birdie successifs, sur le 12 et le 13. Après quatre ans sur le LPGA Tour, la sud-coréenne réalise une première partie de saison très qualitative. Et il serait étonnant de ne pas la voir décrocher une 4ème victoire, avant l’hiver. Malheureusement pour elle, son retard sur les joueuses de tête est trop important et un bogey sur le 18 lui coûte de partager la 3ème position finale. Les caméras de NBC se braquent alors sur les deux groupes d’où sortira, inévitablement, la joueuse victorieuse. Shanshan Feng semble dans un bon jour. La chinoise est dans la zone, commettant peu d’erreurs. Bien que le spectacle se déroule aussi sur d’autres trous, comme Eun-Hee Ji qui signe un eagle sur le 15 avec une ficelle de 8 mètres, le duo de tête concentre l’attention. Jutanugarn est en leader, Sung Hyun Park en difficulté, Joh est décrochée et Feng ne lâche rien. Le tournant du match intervient, comme souvent, dans les derniers trous. Jutanugarn trouve le rough, sur sa mise en jeu du 15 et doit se recentrer. Bye bye les chances d’eagle, et petite incertitude sur un birdie à suivre. Agacée, la thaïlandaise réalise une approche médiocre, à gauche du green, sur le fairway. Son chip dépasse le mat d’au moins quatre mètres ce qui ajoute un peu plus de pression sur ses épaules. Elle doit impérativement sauver le Par. Et c’est avec un bogey qu’elle sort de ce trou, en restant à –27. Et ce trou va faire toute la différence. Car après un Par sur le 15, Feng vient de réaliser un birdie sur le 16. Un mat planté et un putt de 80 cm ont suffi à la chinoise pour chauffer l’ambiance. Elle est seule leader. Ariya Jutanuagrn est donc condamnée à deux birdie si elle veut espérer un playoff, pour prolonger ses chances de victoire. Pendant ce temps, Park limite la casse avec des Par et trébuche sur le 17, avec un bogey. Et Joh se réveille, alignant deux birdie de suite, sur le 16 et le 17. C’est notamment son putting qui fait à nouveau merveille bien que ses coups soient également très bien construits. Autre joueuse à faire son chemin discrètement, la sud-coéenne Amy Yang. Son eagle sur le 6 lui a offert une option, non négligeable, de remonter au score, et un dernier birdie sur le 17 clôture sa journée à – 25. Elle attend alors l’issue du tournoi pour connaître sa place finale. Et cette fin de tournoi sera un beau moment de golf. Jutanugarn et Park arrivent, les premières sur le green du 18. Ariya a réalisé une approche somptueuse, en se mettant à 80 cm du trou, alors qu’elle est sous pression. Park est moins chanceuse et se laisse un long putt, derrière le mat. Jutanugarn signe un dernier birdie pour terminer leader au club house, à –28. Park conclut sur un Par. Tout repose alors sur le résultat de Feng qui doit réaliser un birdie, pour l’emporter, ou faire le Par pour prolonger le suspense, ou craquer et perdre son mince avantage. Cependant, la médaillée de bronze des J.O ne semble pas disposée à baisser les bras. Elle découvre alors les scores et comprend qu’un retour dans le cercle des vainqueurs, est à sa portée. Magistralement, avec la classe de la championne à qui tout souri, elle trouve le green, trois mètres devant le mat, avec une balle qui dispose d’un spin très fort. Un premier coup de frein, puis un second, et voici la balle de Feng qui s’immobilise à peine plus d’un mètre devant le trou. Le public en a pour son argent, les téléspectateurs pour leur abonnement. Quant à Joh, elle se place à hauteur de mat, à gauche, à trois mètres du trou. Celle qui collectionne les sacs à main, qui se nourrit de hamburgers et autres hot dogs sur le parcours, s’octroie, comme le pilote espagnol de Moto GP, Marc Marquez, quelques heures plus tôt, en Allemagne, une 10ème victoire, après une saison 2018 vierge de succès.

A presque 30 ans, Shanshan Feng est la Seri Pak chinoise, celle qui a donné au golf féminin, de la Chine communiste, ses lettres de noblesse et qui a mis le pied à l’étrier à une nouvelle génération, qui a bien l’intention poursuivre la trajectoire initiée. Belle épreuve, à tout point de vue, que ce Thornberry Creek LPGA Classic, qui offre une bouffée d’oxygène avant de revenir sur des parcours moins favorables aux scores.

Le classement final ici

Shanshan Feng vainqueur du Thornberry Creek LPGA Classic (photo: LPGA/Getty Images)