British Women’s open : Shibuno prend la tête

Le moving day fut à la hauteur de toutes les attentes avec une journée où le parcours a commencé à céder, laissant certaines joueuses seules, face à leur golf et d’autres, profiter pleinement de leur promotion. Totalement bouleversé, le Top 10 a changé de figure est celles qui pointaient un peu loin, la veille, sont désormais au contact tandis que le leadership a changé main. Et la tenante du titre a probablement perdu toutes ses chances de conserver son trophée.

Encore une journée propice au golf, sans vent, sous un ciel nuageux et une température estivale qui a fait sortir, à Jin Young Ko, la jupette de circonstance, elle qui joue régulièrement en pantalon. Et cette dernière fut une des actrices de ce 3ème tour en grappillant quatre coups, tout au long de cette journée, qui débuta par un bogey. Très vite, la sud-coréenne reprit ses esprits et aligna deux birdie (3 et 4) pour en signer deux autres sur le 7 et le 8. Ko sortait de son aller en 33 et aller connaître quelques difficultés pour faire évoluer son score. Non qu’elle joua mal mais plutôt qu’elle eut des difficultés à construire de solides chances de birdie. De même qu’elle manqua cruellement de chance, sur plusieurs putt, comme celui du 11. D’abord, son approche reste bloquée en bas de la pente, à environ 6 mètres du mat. Puis, bien que le putt soit parfaitement ajusté, la balle fait le tour du trou et c’est un birdie qui s’échappe. Au final, elle ne fera tomber qu’un birdie sur son retour, au trou n°16 grâce à un chip millimétré. Son approche va échouer, à droite, en contrebas du green. Avec le talent et la décontraction que nous lui connaissons, elle ajuste son coup et propulse la balle dans les airs avant que celle-ci ne retombe sur le green, roule un peu et termine dans le trou. Un birdie qui lui vaut un –10 au leaderboard et qui va lui permettre de rejoindre le Top 5. L’espagnole Carlota Ciganda, qui partage la partie de la sud-coréenne, est une autre des animatrices du jour. D’un tempérament plus bouillonnant, elle va attaquer, comme à son habitude, mais de manière plus mesurée. Cependant, cela ne va pas l’empêcher de partir à la faute, sous les arbres ou de manquer quelques putt qui auraient pu lui permettre de régner, seule, en haut du classement. Sur le 7, elle signe un eagle et s’envole à –10. Au 11, elle s’égare à droite, sous les arbres et doit se recentrer. Bénéficiant d’un putt pour sauver le Par, elle met trop d’intensité et dépasse le trou. C’est un bogey à suivre. Qu’importe, Ciganda ne se laisse pas démoraliser et signe un birdie sur le trou suivant en ayant réalisé une approche sur le pré-green avec une balle qui va effectuer un back spin pour un putt facile. Au 14, elle reste, cette fois, sur le pré green. Un putt bien ajusté et c’est à nouveau un birdie qui tombe. La voici à –11, à 3 coups de la leader. Mais au départ du 18, elle se désunit à nouveau. Sa balle sort à droite et vient se loger au bord d’une haie, dans le rough. Après quelques tergiversations avec son caddie Terry Mc Namara, elle décide de jouer l’injouable. Et forcément c’est un air shot qu’elle réalise au lieu d’un coup de recentrage. Dès lors, elle n’a plus d’autres choix que de déclarer la balle injouable et de se dropper, avec une pénalité. Par chance, elle trouve le green, mais en bas, sous le plateau où se trouve le drapeau. Le putt est difficile, car à une dizaine de mètres et avec une courbe gauche droite. Malgré tout, l’espagnole trouve une ficelle presque parfaite mais va rester courte du mat. Son second putt signe un double bogey qui ampute sa carte de ses efforts passés. Elle sort du green sur le score de –9, et tout sera à refaire, dans le dernier tour. Et devant, Ashleigh Buhai déroule aux côtés de Hinako Shibuno, qui s’applique à bien faire.

Buhai tremble au 12, Shibuno impériale au retour

Trente cinq joueuses ont joué sous le Par, signe que le parcours impressionne de moins en moins. Une quinzaine de parties ont suscité un vif intérêt, mais celle qui fut déterminante était constituée des deux joueuses de tête. La sud-africaine Ashleigh Buhai et la japonaise Hinako Shibuno. Deux ans que Buhai n’avait été en si bonne position, pour remporter sa première victoire sur le LPGA Tour. Autant dire qu’elle était suivie par tous les observateurs, habitués à suivre le circuit féminin mondial. Et l’intérêt était double. Car la jeune japonaise, jusqu’ici totalement inconnue en Europe, faisait naître de nombreux fantasmes, comme celui de la voir remporter ce tournoi. Et au minimum, chacun se demandait si elle resterait dans le groupe de tête. La réponse nous la connaissons. Haniko Shibuno est leader avec deux coups d’avance. Mais pas seulement en raison d’un jeu solide et bien construit. Comme la veille, Buhai inscrivit son premier birdie, sur le Par 5 du 2. Puis, elle se contenta d’un Par jusqu’au trou n°7 où elle rentra un putt de 5 mètres, pour passer à –14. Confortant son avance, elle enfonça, un peu plus, le clou sur le Par 4 du 10, avec un putt gauche/droite, sur une légère descente. La sud-africaine, impassible, semblait indéracinable, à l’image des grands conifères qui bordent les fairways. Mais elle ne se doutait pas qu’elle venait de manger son pain blanc. A ses côté, Haniko Shibuno avait concédé deux bogey contre un birdie, sur son aller. Loin au classement, à –8, elle donna l’impression d’être en proie à cette faiblesse que connaissent toutes les novices, sur le LPGA Tour, qui font illusion, sur les deux premières journées, avant de s’effondrer. En réalité, la japonaise était en train de rassembler ses forces et tel un ninja, elle bondit, hors de l’ombre, pour se transformer en samouraï conquérant. Sur un putt de 4 mètres, elle signe un birdie sur le 10 pour revenir à –9. Au 12, elle parvient à placer sa balle, prés du mat, pour faire tomber un nouveau birdie. Tandis que pour Buhai, le vent tourna dans la mauvaise direction. Alors qu’elle mène avec 4 coups d’avance sur Ciganda, 5 sur Jin Young Ko, Ariya Jutanuagarn et Caroline Masson, Buhai est en positon de birdie. Mais son premier putt ne trouve pas le trou et le dépasse. C’est donc un second putt, pour le Par, qui s’ouvre à elle, à 1,5 mètres. Mais il passe à côté. La mine défaite, la sud-africaine signe son premier bogey du jour. De toute évidence affectée, elle partit, à nouveau, à la faute, sur le trou suivant. Trouvant le rough, à droite du green, son chip propulse sa balle au delà du mat de sorte qu’il lui reste un putt d’environ 2 mètres. Stupeur quand elle le manque pour sauver le Par, car chacun a bien compris, que la leader vit un moment crucial, alors que Ciganda, Jin Young Ko, Sung Hyun Park, Shibuno et même Morgan Pressel, sont en train ou ont comblé leur retard. La suite est tragique pour la sud-africaine qui va dégringoler une nouvelle marche, avec un bogey sur le 16. Revenue à son score de départ, soit –12, Buhai voit sa partenaire grignoter du terrain pour, finalement, clôturer sa journée sur deux birdie (17 et 18) tout en prenant la tête du classement. De chassée, Ashleigh Buhai est passée au rang de chasseuse et rien ne dit que cette déconvenue sera sans incidence, pour aborder le tour final.

Boutier en manque de réussite

La française a reculé au classement en commettant une double faute, sur le 18. Sans quoi, elle pointerait à –8 au seuil du Top 10, en compagnie de Jing Yan et de JeongEun Lee6. Difficile d’évaluer la journée de Céline Boutier qui a jonglé entre le Par, le birdie et le bogey. Le jeu est solide mais pas assez précis pour lui permettre d’intimider le Marquis de Tavistock qui, pourtant, pour le dernier du nom, a fait du golf sa tasse de thé. Sur le 7, la française eut un putt pour birdie qui resta court. Au 8, elle manqua encore un putt pour Par, à 4 m du trou et concéda un bogey. Après deux birdie au 11 et au 13, son putt d’environ 10 mètres, sur le green du 14, échouera à 1,50 mètres, devant le mat. Et ce sera à nouveau le bogey. Globalement, il semble que la française ait eu des difficultés à bien calibrer ses approches et à doser ses putts, sur des green qui restent roulant, mais dont la tenue de ligne s’est montrée, à plusieurs reprises, moins fiable que sur les deux premiers tours. Bien qu’elle reste bien classée, en 14ème position, son score de –6 ne luisse plus envisager de disputer la victoire, contrairement à hier, où, à –9, elle pouvait nourrir quelques espoirs.

Hull, Nordqvist, Pressel et Park encore dans la course

Si Georgia Hall a vécu la plus triste des journées, en éprouvant toutes les peines du monde à faire tomber la balle pour birdie, tout en partant à la faute sur le 9, avec un double bogey, Charley Hull a réussi à inverser la vapeur, sur le retour, après deux bogey à l’aller et une suite de Par. L’anglaise, devant son public, a montré qu’elle ne veut rien lâcher et que le trophée du British serait du plus effet sur le meuble du salon. Trois birdie à la suite, pour Hull, du 11 au 13, puis un 4ème sur le 15 pour un score de –9 en compagnie de Bronte Law, sa compatriote, qui elle aussi a connu une journée harassante. La vainqueur du Pure Silk, à Williamsburg, n’a trouvé que deux birdie, tard dans la journée, et a bataillé soit pour le Par soit pour éviter le bogey. Nous la suivons depuis deux ans et tout porte à croire qu’elle est capable d’être une des actrices du tour final. Autre joueuse à avoir fait le spectacle, c’est la suédoise Anna Nordqvist, dont nous évoquions, hier, une possible remontée. C’est chose faite puisqu’elle a joué sa meilleure carte de la semaine, en 68. La sud-coréenne JeongEun Lee6 est également au rendez-vous, en 10ème position, à –8 tandis que sa compatriote, Sung Hyun Park, a gagné du terrain, non sans mal, pour pointer à la 3ème place, à –11. Comme d’autres joueuses, elle s’est battue pour rentrer les putt pour birdie. Le putting est actuellement le point faible de la n°2 mondial qui aurait pu alourdir le score, tout au long des 18 trous. Agacée, Park fut autant en bagarre avec elle même qu’avec le parcours. La pronostiquer pour la victoire est un peu hasardeux. Néanmoins, après un dernier tour désastreux à Evian, elle est à nouveau dans le trio de tête de ce majeur, preuve de son talent. Enfin, et même si Lizette Salas se maintient dans le haut du classement, au prix de nombreux efforts, il faut surtout saluer la performance de Morgan Pressel. Au fond du trou il y a trois ans, l’américaine qui avait entrepris une remise à plat, total, de son swing, est parvenue à revenir au plus haut, tout en supposant qu’elle en a encore sous le pied. La floridienne, championne précoce qui à l’âge de 12 ans devenait la plus jeune joueuse à se qualifier pour l’US Women’s open, n’en finit pas d’accumuler les bons résultats. La voici détentrice de la meilleure carte du jour, avec un 66 comportant deux bogey. Ce qui signifie que Pressel a rentré 8 birdie. A 4 coups derrière Haniko Shibuno, il n’est pas impossible de penser que l’issue de ce 43ème British Women’s open voit la victoire de l’américaine à la manière d’Angela Stanford, à Evian, en 2018.

Par : JHCuraudeau

Le classement provisoire ici