British Women’s open : Haniko Shibuno entre dans l’histoire

Ce fut un tour final passionnant où, jusqu’au dernier trou, rien ne fut joué. Et la victoire revient à une surdouée de la discipline, totalement inconnue, en Europe, en début de semaine. Qu’il fut magnifique ce 43ème British Women’s open !

Encore une journée idéale pour jouer au golf même si le vent se leva en début d’après-midi. Sur les tablettes, une dizaine de joueuses capables de remporter le précieux trophée du second Majeur le mieux doté de la saison féminine. Sung Hyun Par, Jin Young Ko, Ashleigh Buhai, Hanniko Shibuno, Carlota Ciganda, Morgan Pressel, Lizette Salas, JeongEun Lee6, Charley Hull ou encore Bronte Law, les parieurs anglais ne manquaient pas de noms à proposer pour la victoire. Et c’est Lizette Salas qui débuta le mieux ce dernier tour, avec JeongEun Lee6 à ses trousses. La californienne, d’origine mexicaine, avait bataillé la veille, face au parcours pour se maintenir dans la course. Et justement, parce qu’elle avait eu beaucoup de difficultés à construire sa carte de 70, elle ne figurait pas comme une potentielle vainqneur de ce British, au matin de ce tour final. Pas plus que la jeune japonaise Haniko Shibuno, qui, pourtant, avait effectué trois premier tours remarquables. Ce sont plutôt des joueuses habituées aux grands rendez-vous comme Sung Hyun Par, Jin Young Ko ou Carlota Ciganda et même Morgan Pressel qui pouvaient être envisagées. Et pourtant, A force de jouer le Marquis de Tavistock, toutes ces jeunes femmes ont fini par mémoriser ses forces et ses faiblesses. Si bien que Lizette Salas, qui a corrigé son putting, au soir du troisième tour, arrivait en grande forme et dans une confiance totale, pour aborder ce dernier tour. Elle signait deux birdie, dès le début de sa partie pour mener au score, en compagnie de JeongEun Lee6, partie 3 groupes derrière elle. La n°1 mondial partageait la partie de l’américaine et, ensemble, elles allaient animer une partie de ce dernier tour. Jin Young Ko eut un peu plus de difficultés à enclencher la machine à birdie et resta un à deux coups derrière Salas, qui fit la course en tête, jusqu’au 18. Les deux joueuses se répondirent, presque, coup pour coup. Et il en fut de même pour le groupe composé de Ashleigh Buhai et de Haniko Shibuno, pourtant leader au soir du 3ème tour. Après 6 trous, Salas partage la tête avec Lee6 (au 8), Ko ainsi que Buhai et Shibuno qui sont sur le 4. La japonaise est partie à la faute, sur le 3, et y a laissé un terrible trois putt. A –10, une Morgan Pressel sûre d’elle mais qui stagne dans le Par. Sung Hyun Park recule un peu en jouant +1 après un bogey sur le 3. Quant à Ciganda, deux bogey l’ont écarté du groupe de tête. Une théorie se construit alors. Et si Park et Shibuno perdaient du terrain et que Salas, Lee6, Pressel ou Buhai et Ko soient l’une des joueuses victorieuses ? Le suspense ne dure que peu de temps quand Shibuno commence à relever la tête et avec deux birdie (5 et 7) et qu’elle passe à –14. La voici seule en tête avec Salas, Ko et Buhai à –13, puis Lee6 à –12, qui ne décolle pas. La sud-coréenne va même partir à la faute sur son retour, en mettant une balle dans l’eau, sur le 12, et concéder un double bogey. Comme souvent, le tournoi va basculer sur le retour, et toutes les joueuses de tête vont être concernées, par un revirement de situation.

Un quatuor et Pressel en invité surprise

L’américaine Lizette Salas va quasiment faire le tournoi en tête et servir de mesure étalon à toutes les joueuses dans son sillage. Au trou n°10, elle a pris le large, avec deux coups, pour mener avec un score de –15, suivie de Jin Young Ko, Ashleigh Buhai et Haniko Shibuno à –13. Suivent Morgan Pressel à –11, décidemment revenue à son meilleur niveau, et Sung Hyun park, également à –11. La sud-coréenne a du mal à progresser en raison de nombreux putt pour birdie qui passent juste à côté du trou. Et puis il y a la française, Céline Boutier, qui bien que déjà proche d’en terminer, déploie tout son talent pour construire une magnifique dernière journée. Cinq trous devant le duo Salas et Ko, Boutier vient de passer à –10 en signant un 4ème birdie. Leader, Lizette Salas joue très bien et ne manque que très rarement un fairway tout en disposant d’un putting en or. La sud-africaine, qui a concédé deux bogey à l’aller contre deux birdie, vient de se reprendre et signe un birdie, sur le 10, pour revenir en seconde position. Un coup magistral, derrière les arbres, où elle a égaré sa mise en jeu, et une balle qui trouve le green juste derrière le mat. Elle ne lâche rien et laisse planer un doute quant à la domination de Salas, de Ko ou de Shibuno. Mais cette dernière joue également très juste et rentre de belles ficelles. Cinq mètres de putt, sur le 10, pour passer à –14. Elle passe alors co-leader avec Salas et Ko qui, elle aussi, voit très bien les lignes sur les green. Ce sont donc quatre joueuses qui, à ce moment de la partie, sont capables de poser les mains sur le trophée. Sung Hyun Park ne convainc pas et Jeong Eun Lee6 marque le pas. Quant à Carlota Ciganda, que tous les européens attendaient, elle ne parvient pas à se mêler à la lutte. Mais ce dernier tour va connaître un premier tournant quand Morgan Pressel va tenter un très grand coup de golf. Au trou n°11, elle réalise un coup de bois en draw, pour attraper le green en deux. Sa balle vient se loger à 4 mètres du mat, avec une sérieuse possibilité d’eagle. L’américaine saisit sa chance et bondit, d’un coup, à –13, à égalité avec Ashleigh Buhai, en 4ème position. En confiance, grâce à un jeu solide, Pressel va signer deux autres birdie, sur le 13 et le 14, pour s’imposer à –15. Mais devant, Lizette Salas a également saisi sa chance. La voici à –17 tandis que Jin Young Ko n’a pas réussi à rentrer son putt pour birdie. Elle reste à  -16, en compagnie de Shibuno qui a enclenché la machine à birdie et ce petit grain de folie qui font les grands champions. Peu avant, sur le 12, la japonaise a fait le spectacle en attaquant le green au driver. Sa balle va franchir l’obstacle d’eau à la dernière limite et venir se positionner, au bord du green, avec un putt pour eagle, en descente, sur prés de 6 mètres. Au final, elle obtient un birdie et les spectateurs exultent de bonheur. Car la japonaise a conquis le public britannique avec son attitude positive et son sourire qu’elle affiche sur le fairway. Et la suite du tournoi va tourner en sa faveur au moment où Lizette Salas tient son destin entre ses mains. 

Un putt manqué pour un coup de génie

Comme dans la plupart des cas, les 5 derniers trous sont déterminants et chaque joueuse va tenter de construire le putt qui fera la différence. La moins en veine, même si elle a lâché de grands coups de golf, c’est la sud-africaine Ashleigh Buhai. Au 14, Buhai n’appuie pas son putt qui pouvait lui permettre de passer à –16. Sur le 15, la sud-africaine met en jeu plein fairway puis va trouver le green et se donner une autre chance de birdie. Mais là encore, elle manque de lucidité et c’est seulement un Par qu’elle empoche. Sur le trou suivant, elle met en jeu à droite, dans le rough, avec les arbres dans sa trajectoires. Ce qui l’oblige à se recentrer, éliminant une possible chance de birdie. A dix mètres du mat, après avoir trouvé le green au 3ème coup, son putt est compliqué. Et elle ressort avec un bogey pour descendre à –14. Dès lors, La sud-africaine n’a plus qu’un objectif, assurer une 4ème place. De son côté, Haniko Shibuno est dans une position confortable. A égalité avec Salas, à –17, elle compte un trou de retard ce qui va lui permettre de placer un birdie quand la californienne sera au club house. Et à ce moment de la partie, les calculs sont simples. Soit Salas passe à –18 et prend une sérieuse option sur la victoire, soit elle reste à –17 avec une Jin Young Ko qui recolle au score pour l’emmener en playoff et une Shibuno qui s’invite, faute d’avoir fait mieux. Soit Shibuno trouve un nouveau birdie sur les deux trous qui lui restent à jouer, pour conclure à –18, voire -19. Mais il existe aussi la possibilité que ces joueuses partent à la faute et que l’une d’elle concède un coup décisif. Que Morgan Pressel, décidément bien en club, trouve un nouvel eagle pour décrocher la victoire sur le score de –18. La situation, à ce moment de la partie, est si fragile que nul ne peut dire quelle joueuse l’emportera. Mais en tous les cas, ce ne sera ni Ciganda, qui malgré un eagle sur le 15, est revenue à –11, ni Sung Hyun Park, trop loin des mats et en délicatesse avec son putting qui a concédé un bogey sur le 14, pour descendre à –11. Pas plus que Ashleigh Buhai, elle aussi trop loin au score. C’est donc Salas qui semble, enfin, tenir le bon bout. Pourtant, comme à Indianapolis, en 2018, l’américaine va partir à la faute alors que le trophée lui tend les bras. Sur le green du 18, Salas a trouvé la bonne trajectoire, avec un second coup de 149 mètres, qui a porté la balle sur la bonne ligne et l’a faite descendre un bout de pente, vers le mat. Il reste, alors, à l’américaine, un putt de 1,5 mètre pour conclure tandis que Jin Young Ko est restée au sommet du plateau, avec un putt long et difficile à négocier, pour tenter de passer à –17. Et les dieux du golf ne seront ni avec l’une ni avec l’autre. Ko réalise un putt parfait. La balle prend la bonne ligne, la pente mais elle va venir se bloquer juste au bord du trou. Un demi tour de plus et Ko arrachait l’égalité parfaite avec Salas, qui devait putter en suivant. Le public exprime son émotion tout comme la joueuse dont on devine la frustration. Jin Young ne signera pas une 3ème victoire en Majeur, cette saison, pour égaler le record d’Inbee Park. C’est donc Lizette Salas qui semble être l’élue du jour. Elle prend son temps, et se positionne derrière la balle. Le putter s’actionne et propulse la balle. Chacun retient son souffle. Stupeur dans la foule ! La balle de Salas mord le bord du trou, décrit une légère virgule et s’échappe comme s’envole sa chance d’en finir sur le score de –18. C’est donc au putting green qu’elle devra patienter, attendant que Haniko Shibuno joue son dernier trou. Et la japonaise est sur un nuage. Souriante, tapant des mains de spectateurs, elle va remonter le fairway puis le green en grande décontraction, comme celle qui est déjà heureuse de ce qui vient de lui arriver. Car la japonaise a également trouvé la bonne ligne, sur le green et sa balle a franchi le sommet de la butte pour se retrouver à 6 m du trou. A 6 mètres du bonheur. Alors que Buhai est à 3 mètres du mat et qu’elle va manquer son putt pour birdie et conclure sa journée sur un Par, Shibuno prend son temps et étudie soigneusement la ligne avec son caddie. Appliquée, comme tout au long de la semaine, elle pousse la balle qui roule, comme aimantée par le trou, et disparaît au fond. Le public se lève, acclame, applaudit. La japonaise de 20 ans libère sa joie en tendant son putter vers le ciel tout en se dressant sur une jambe pour mieux libérer toute son énergie. Pour sa première sortie sur le LPGA Tour, Haniko Shibuno remporte l’un des plus prestigieux tournois féminin, au monde. Telle Pernilla Lindberg ou Hanna Green, elle signe sa première victoire, sur le circuit américain, en s’imposant dans une épreuve majeure, mais elle est également la seconde japonaise à remporter un Majeur du circuit mondial, après Chako Higuchi, en 1977.

Si la saison est encore loin de s’achever, ce dernier tournoi Majeur sera allé bien au-delà de toutes promesses. Et si les puristes regrettent encore que ce tournoi n’ait pas eu lieu sur un links, nul ne peut dire que ce British Women’s open ne fut pas une grande édition. C’est une réussite, à tout point de vue.

Nouvelle performance de Céline Boutier

Plus personne ne peut le contester, la patronne du golf français c’est cette jeune femme de 25 ans, née dans la banlieue parisienne qui a suivi une formation à la fois golfique et universitaire, aux Etats-Unis, et qui porte les couleurs du golf tricolore, haut sur le circuit mondial. Impossible de passer à côté de Céline Boutier, première française à réaliser une saison aussi éclatante. Après une victoire en Australie, pour son premier tournoi, elle a animé l’US Women’s open avant de terminer à la 5ème place. Ayant démontré sa capacité à jouer en double, il y a deux semaines, la voici à nouveau sur le devant de la scène, sous les feux des projecteurs, avec une sixième place au British Women’s open. Deux Top 10 en Majeur dans une saison, c’est remarquable. D’autant qu’elle réalise deux cartes de 66 dont une fut la meilleure carte du jour. Alors, comment envisager que Céline Boutier puisse être écartée, de la sélection Solheim Cup par Catriona Matthew ? Elle y sera, il ne peut en être autrement. Désormais 21ème de la Race to CME et 20ème de la Money List, la française devrait également progresser au rang mondial tout comme elle a évolué à la 15ème place du classement de la Meilleure joueuse de l’année, dont la première place est solidement occupée par Jin Young Ko.

Le classement définitif ici

Photo: LPGA/Getty Images