CP Women’s Open : Broch Larsen impose son jeu

Le Cut a livré son verdict, au Canada, dans la banlieue de Toronto et il a fait autant de dégâts que d’heureuses. Quelques sommités de la discipline ont rendu leur badge pour se concentrer sur la prochaine étape du LPGA Tour pendant qu’une athlétique danoise s’est imposée, de la tête et des épaules, en haut du classement.

Il a beau proposer de larges fairway, des bunkers d’où l’on sort aisément et avoir ses green plantés en bentgrass, le parcours se défend avec d’autres armes que sont les nombreuses ondulations, les changements de niveaux et les trajectoires un peu scabreuses pour atteindre le mat. Par ailleurs, il est long. Ces éléments conjugués au fait que beaucoup de joueuses découvraient le tracé, le Cut fut périlleux à franchir pour des joueuses de premier plan. Ainsi, Sei Young Kim, In-Kyung Kim, Mi Hyang Lee, Morgan Pressel ou Stacy Lewis, quittent l’épreuve en ayant joué dans le Par total, après deux tours. Anna Nordqvist s’incline sur le score de +1 tout comme la récente sélectionnée en Solheim Cup, la néerlandaise Anne Van Dam. Gaby Lopez s’efface des débats à +2 avec Shanshan Feng et Marina Alex. Cette dernière pourrait bien y perdre sa sélection en Solheim Cup. So Yeon Ryu et Paula Creamer mettent genoux à terre à la 110ème place à +3. Quant à Moriya Jutanugarn elle signe une contre performance à +4. Et la liste est encore longue avec notamment Cristie Kerr (+6) décidément dans une spirale négative depuis le début de la saison. Mais en même temps, la situation des quadra, sur le Tour, suscite débat tant la nouvelle génération a placé la barre très haut en élevant le niveau de jeu. Et justement, c’est bien la numéro 1 mondiale, Jin Young Ko, double vainqueur en Majeur, cette saison, qui occupe la seconde place. Une carte de 66 le premier jour, une carte de 67 au second tour, comment ne pas s’incliner face à tant de talent, de maîtrise de soi et de régularité, tout au long d’une saison. Mais devant, il semble qu’il y ait, cette semaine, plus solide encore que la sud-coréenne. C’est la danoise Nicole Broch Larsen et son imposant gabarit de 1,79m, en muscles, au tempérament trempé comme la lame des vikings venus conquérir l’Europe mais aussi le continent Nord Américain, vers 1000 de notre ère. « J’ai joué plus solide qu’hier » a déclaré Nicole Broch Larsen, qui rêve toujours de Solheim Cup. Les deux scandinaves lauréates sont Suzann Pettersen et Anna Nordqvist. Broch Larsen doit encore patienter. Et cette performance à Aurora, arrive un peu tard, bien que s’il s’agit de se concentrer uniquement sur le résultat final de cette épreuve, le timing est parfait. Après une journée vierge de bogey, elle reconnaît avoir laissé filer quelques erreurs, comme ce drive égaré à gauche au 14, sans conséquence, et deux bogey sur le 4 et le 15. Mais son point fort, ce sont les Par 5. pour preuve, après un chip de recentrage sur le 14, elle parvient à inscrire un birdie. Leader à –12, après deux tours, peut-on dire que la danoise est une sérieuse favorite ? Pas tout à fait. Car la faiblesse de Broch Larsen a toujours résidé dans sa capacité à tenir le rythme jusqu’au terme de la compétition. Mais pour le moment, il faut constater sa supériorité.

Henderson en embuscade, Olson et Altomare en veine

La tenante du titre n’a peut-être pas sorti la carte des grands jours mais elle a au moins joué sans l’ombre d’un bogey et elle s’en réjouit. « Aucun bogey, c’est toujours bien et c’est une bonne sensation » a-t-elle confiée aux journalistes au terme de sa journée. « Je me sens bien et j’ai vraiment joué solide aujourd’hui. Mais ce ne fut pas aussi simple qu’hier » ajoutait-elle. Quinze Par et trois birdie pour la plus titrée des golfeurs canadiens, qui a manqué six fairway contre seulement deux la veille tout en prenant tous les green en régulation. A –9 total, Henderson partage la 3ème place avec une toujours discrète mais efficace Yu Liu, caddeyée par le très efficace Axel Bettan, ainsi que l’étonnante thaïlandaise Pajaree Anannarukarn. Juste derrière, deux américaines sur qui tous les projecteurs sont braqués. La raison à cela ? Une sélection team USA Solheim Cup qui sera finalisée dimanche soir et rendue public lundi. Et pour Juli Inkster, qui ne joue pas alors qu’elle était annoncée dans la liste des inscrites, est bien embarrassée face à ces deux joueuses qui pourraient s’inviter, au dernier moment, dans le classement au point. « j’en ai assez vu mais je reconnaît que je ne peux pas faire un choix actuellement, car il est difficile », déclarait la capitaine américaine, qui a mené son team à la victoire, par deux fois. Et d’ajouter qu’elle en perd un peu le sommeil, en ce moment, à trop réfléchir à sa sélection.

L’Altomare Day de Brittany

Si Amy Olson doit impérativement s’imposer pour rentrer dans le Top 8 de la sélection Solheim Cup et s’assurer, au minimum, le choix du capitaine, Brittany Altomare, actuelle 8ème, n’est qu’à quelques dizaines de points de l’impérieuse 7ème place, qui octroie une qualification directe. Et cette place est actuellement occupée par Megan Khang, qui réalise une belle saison 2019. Et coup du sort, Marina Alex, actuelle 6ème, vient de rester dans le Cut, ce qui va l’empêcher de marquer des points, ce week-end. Hier, Altomare était comme portée par les Dieux qui veillent, symboliquement, dans la croyance populaire, sur le golf et les golfeurs. Mais les deux eagle que l’américaine a rentré, ne sont dû qu’à son talent, sa force mentale qui lui confère beaucoup de calme sur le parcours. Le premier eagle, sur le Par 5 du 12, est une approche, au wedge, d’environ 100 mètres, avec une balle qui va rebondir deux fois, sur le green, avant de plonger directement dans le trou. Ne sachant pas, elle-même, l’exploit qu’elle vient de réaliser, ce sont les acclamations du public qui ont informées la joueuse et son caddie. Le second eagle, s’est étrangement construit car dès le départ, Altomare place le drive parfait, sur le fairway du 14, ce dernier par 5 du retour. La balle prend la pente, à gauche, et roule jusqu’au bas du fairway, à environ 180 mètres du mat. Chacun pense alors que l’américaine ne fera, de l’approche du green, qu’une formalité. Hélas, son second coup trouve le bunker, à gauche du green, à l’opposé du mat avec un coup à suivre d’une vingtaine de mètres. Tout ça pour ça, se diront certains. Pourtant, les bunker sont très praticables, sans réel piège avec un sable un peu compact, sous la fine pellicule de surface. Visant, comme on l’imagine, la ligne la plus idéale, Altomare décolle la balle du sable qui va se poser à moins de 5 mètres du trou et rouler en direction de sa cible, jusqu’à y disparaître. En trois trous, l’américaine, qui s’est révélée lors de l’Evian Championship, en 2017, face à Anna Nordqvist, a fait le spectacle en signant les deux coups du jour. Mais aussi une performance personnelle puisque c’est la première fois qu’elle inscrit deux eagle dans la même journée. Hélas pour elle, un double bogey sur le 17 est venu ternir sa progression, sans quoi elle serait 3ème, à –7, au départ de ce moving day. Quant à Megan Khang, elle pointe à la 11ème place de cette épreuve, avec le score de –6, après un second tour à –1, où elle a éprouvé des difficultés à trouver le chemin du birdie. C’est donc un match dans l’épreuve qui se joue ce week-end, pour ces joueuses, avec une première sélection, en Solheim Cup, à la clé.

Boutier encore seule rescapée

Semaine compliquée pour les trois françaises engagées qui ont éprouvé des difficultés à se frayer une place, dans un leaderboard qui a, rapidement, pris de la hauteur, avec des scores très bas. Les deux Céline n’étaient pourtant pas les plus à plaindre, après un premier tour à –1 pour Boutier, et dans le Par pour Herbin. Mais le parcours est long cette semaine, comme il le fut lors du dernier British Women’s open. Quarante yards de différence, entre le parcours britannique et le tracé canadien. Et c’est peut-être dans les statistiques qu’il faut chercher les raisons de la contre performance, cette semaine encore, des trois françaises, et plus encore pour Karine Icher et Céline Herbin, qui manquent un nouveau Cut. Les deux françaises ont seulement touché 8 fairway sur 14, dans ce second tour, alors que Icher en avait touché 13 jeudi et Herbin 11. Faible ratio, également, pour les green en régulation avec 12 sur 18 pour Icher et 11 sur 18 pour Herbin. En comparaison, Broch Larsen a pris 11 fairway pour 15 green et Jin Young Ko autant de fairway et 17 green. Brooke M.Henderson l’avait bien expliqué, en conférence d’avant tournoi. La clé est de bien toucher la balle et de viser une zone très proche du trou. Pourtant, les green sont un peu fermes mais la précision reste, et restera toujours la clé du succès, sur et autour des green. C’est probablement ce facteur qui a manqué aux deux françaises, éliminées de la suite du tournoi tout en sachant que Céline Herbin continue de se fourvoyer dans d’incompréhensibles double bogey, qu’elle qualifie de malédiction. Quant à Céline Boutier, si les statistiques sont à peine plus favorables, et même en hausse par rapport au premier tour, il semble que le putting soit le principal élément d’une journée neutre, où elle a alterné birdie et bogey, pour ne gagner aucun coup tout en rétrogradant au classement. Un signe un peu alarmant quand on sait que la française a déclaré que le parcours de Gleneagles n’est pas son favori. Cependant, la numéro 1 française va pouvoir défendre ses chances, ce week-end, et tenter de revenir au score, elle qui pointe, désormais, à la 59ème place.

Retour, ce soir, à 20h30, sur Golf Channel, pour suivre le troisième tour de CP Women’s open, en compagnie de Arnaud Degarne et de Emmanuel Darfour.

Le classement provisoire ici

Par : JHCuraudeau