CP Women’s open : Quelle Ko…rrection !

Photo: LPGA/Getty Images

Année exceptionnelle que cette saison 2019 où les records se succèdent et les victoires sont toutes plus éclatantes les unes que les autres. Mais aussi, parce que depuis Ariya Jutanugarn, aucune joueuse n’avait autant dominé une saison. Retour sur un dernier tour de très haut niveau.

Il est 11h15 lorsque le dernier groupe, constitué de Brooke M.Henderson (-16), Nicole Broch Larsen (-18) et Jin Young Ko (-18), s’élance sur le fairway du Magna Golf Club, au nord de Toronto. Encore une belle journée, en perspective, pour jouer au golf, dans la tiédeur d’un été canadien qui s’étiole paisiblement. Si le public est tout entier derrière sa championne en titre, la presse et les spécialistes sont attentifs à cette jeune femme de 1,79 mètres, à l’allure athlétique en passe de devenir la première danoise victorieuse sur le LPGA Tour. Car Broch Larsen a tenu trois round avec une parfaite régularité. Trois cartes de 66 pour imprimer un rythme que même la numéro 1 mondiale fut contrainte de suivre. Quatre bogey et un eagle au second tour, la performance est à souligner pour celle qui passe, cette année encore, à côté d’une sélection en Solheim Cup, dont elle rêve. Dans son sillage, la sud-coréenne Jin Young Ko, débarquée sur le LPGA Tour, un jour d’octobre 2017, où elle a acquis ses droits de jeu, en remportant son premier succès. Rapidement, cette surdouée de la discipline est venue s’immiscer parmi l’élite. Dominant son sujet, en Australie, en ouverture de saison, elle a cheminé de tournoi en tournoi, pour clôturer son année de rookie à la 10ème place de la Money List. Et depuis le début de la saison 2019, elle s’est imposée comme la meilleure joueuse du monde et ne semble pas prête de passer la main. C’est donc une double vainqueur en Majeur, pour la seule année en cours, qui déambule aux côtés de la danoise et d’une canadienne, de presque 23 ans, qui a déjà conquis 9 titres, dont 1 Majeur, et qui a revêtu, depuis l’an passé, le costume de la joueuse la plus titrée du golf canadien. Que rêver de mieux, pour ce dernier groupe, qui s’apprête à se rendre coup pour coup, dans ce dernier tour ? Car Sung Hyun Park, Ariya Jutanugarn et même Lexi Thompson sont un peu absentes sur ce tournoi, ne jouant qu’un second rôle. Autre enjeu, qui monopolise les esprits, la sélection finale du team USA pour la Solheim Cup. Dans un concours de comptes d’apothicaires, chacun y va de son pronostic pour savoir si Brittany Altomare, parviendra à intégrer le club des Huit, si Amy Olson reviendra dans les points et de s’interroger sur les chances de qualification d’une Angel Yin, qui joue bien cette semaine. Alors, avec tous ses éléments en tête, forcément, lorsque Lizette Salas et Carlota Ciganda effectuent une percée dans le classement, tout le monde reste coi. Mais l’américaine et l’espagnole sont bien là. Surtout Salas qui est en pleine progression depuis le début de la saison qui a à cœur de conquérir un succès, d’autant qu’elle est passée tout près de la victoire sur le Thornberry Creek, en juillet dernier. La californienne d’origine mexicaine, 4ème de la sélection Solheim Cup, a revêtu sa panoplie de Wonder Woman des fairway et des green. Partie deux groupes devant Broch Larsen, Henderson et Ko, elle réalise un festival de birdie pour s’envoler à –16, après 9 trous. Qui attendait Salas sinon elle-même. Ko, Broch Larsen et Henderson enclenchent également le mode attaque, mais avec bien moins de réussite que le veille. Au départ du 8, Jin Young a repris l’avantage sur Broch Larsen, en menant d’un coup, à –20 tandis que Henderson est à –17. Ciganda occupe la 5ème place à –14 et va, comme à son habitude, fasciner le public par son long jeu agressif. Derrière, Ariya Jutanugarn est à –12, après 10 trous, tout comme Jessica Korda. Alors que Yu Liu, au même score, est un trou devant. La thaïlandaise Anannarukarn, qui réalise un très beau tournoi, pointe à 6ème à –13, sur 9 ex-aequo avec Caroline Masson sur le 11. Ce Top 10 va évoluer mais les quatre premières joueuses ne bougeront pas et vont concentrer l’attention.

Jin Young Ko mâchouille, Larsen et Henderson ruminent

C’est qu’elle connaît la musique la sud-coréenne, elle qui tremblait encore en Australie pour sa première victoire de la saison 2018, et qui s’effondra en pleurs, lors de l’Ana Inspiration. Depuis un an, elle a appris à maîtriser ses émotions et à assumer le fait d’être en tête d’un tournoi. Sa victoire lors de l’Evian Championship est l’exemple parfait de cette maturité qui participe à son succès et sa domination du circuit mondial. Alors, tranquillement, chewing gum en bouche, telle une cow girl de l’ouest américain, la sud-coréenne se détache progressivement de l’enjeu, des mauvais coups et comme Beaumarchais, s’empresse de rire de tout de peur d’être obligée d’en pleurer. Nous sommes loin du visage fermé de Nicole Broch Larsen ou du faussement paisible de Brook M.Henderson. Pendant que Jin Young Ko malaxe sa gomme à mâcher, la danoise et la canadienne ruminent, font bouillir la cafetière et fatalement, à force de trop cogiter, la faute s’invite et provoque l’inattendue. Ce qui arrive à Nicole Broch Larsen qui concède un bogey sur le 10, alors qu’elle tenait une possibilité de passer à –21. Plus détendue, c’est Jin Young Ko qui va tirer les marrons du feu en inscrivant un birdie qui lui permet de prendre le large, à –21, deux coups devant Broch Larsen. De son côté, Henderson est soudainement prise d’une fébrilité au putting qui provoque des balles courtes, à peine appuyées. Trois trous passent et la canadienne voit filer ses deux camarades de jeu en tête du classement. Un bogey sur le 13, va tuer les chances de victoire de la tenante du titre qui va cependant, se ressaisir, mais trop tard. Ainsi, Broch Larsen est seconde à –20, deux coups derrière Ko, tandis que Salas, sur le 15, est en passe de réaliser un score de –10 journée, pour un total, provisoire, de –20. Quant à Ciganda, elle pointe à la 4ème place après avoir planté un eagle sur le trou n°14, de belle manière. Un long drive puis un fer 6 pour rentrer en deux sur le green, de ce Par 5 de 455 mètres. Et la balle est venue se positionner à 30 centimètres du trou, pour un putt donné. Quel coup de golf ! A partir de ce moment, les jeux sont faits. Ciganda va placer un birdie au trou suivant avant de concéder un bogey sur le 17, en ratant un putt de moins d’un mètre. Salas a terminé sa série de 9 birdie et ne trouve que des Par sur le 15 et le 16, avant de partir à la faute, sur ce terrible Par 3 du 17, où beaucoup de joueuses ont eu du mal à attaquer le drapeau. En cause, une pièce d’eau à gauche et un dog leg, en bout de fairway, qui conditionne le green, défendu par un bunker à droite. Trop longue à droite, l’américaine se laisse un putt de prés de 12 mètres qui va dépasser le trou. Le troisième putt sera le bon, mais c’est un coup qui s’envole. Pour Jin Young Ko, le 17 est une formalité. A 10 mètres du trou, elle trouve une ligne impeccable qui colle la balle plein trou. Broch Larsen et Henderson s’y reprennent à deux fois pour signer le par. Si les jeux sont faits, rien ne va plus pour la canadienne et la danoise. Ko est en train de s’envoler vers un nouveau succès mais aussi trois records. Sur le 18, alors que la numéro un mondiale, a quatre coups d’avance, Broch Larsen et Henderson espèrent sortir du tournoi avec un dernier birdie. Sur le fairway, la canadienne enlace amicalement la sud-coréenne, qui est particulièrement détendue. L’image est belle et émouvante, et fera probablement une archive incontournable de l’histoire de ce tournoi et du golf féminin mondial. Et c’est sans doute là que Brooke M.Henderson a marqué les cœurs autant que les esprits, tout en s’inclinant avec brio. Sur ce green du 18, la canadienne et la danoise sont loin du mat. Trop loin pour espérer un birdie. Henderson joue à gauche, depuis le petit rough au bord du green, avec son putter, tandis que Broch Larsen tente un putt d’environ 12 mètres, qui frôle trou. Concluant chacune sur un Par, elles laissent Jin Young Ko, comme c’est la tradition, en terminer. Et c’est avec un dernier birdie que la numéro un mondiale s’adjuge la victoire qui prend des airs de correction, voire de Ko…rrection ! Moins cinq coups sur ses adversaires et un record du tournoi à –26, soit trois coups de mieux que So Yeon Ryu, en 2014, sur le London Hunt Country Club, dans ce même état de l’Ontario. Mais l’histoire ne s’arrête pas là car depuis Lydia Ko, en 2016, Jin Young Ko est la première joueuse à aligner 4 victoires en une même saison. Seule Ariya Jutanugarn fit mieux, avec 5 succès, sauf que la sud-coréenne est la seule à avoir engrangé deux Majeurs sur les quatre succès. Enfin, Jin Young Ko n’a pas concédé le moindre bogey sur les quatre tours. Une performance qui n’avait plus été réalisée depuis Inbee Park, en 2015. Du grand art, et la saison n’est pas terminée.

Il ne manquerait plus qu’elle remporte le CME Group Tour Championship et la Race to CME, pour entrer définitivement dans l’histoire, comme l’une des plus grandes joueuses du golf féminin, là où certains attendaient et attendent encore une Lexi Thompson ou une Michelle Wie, bien loin du circuit, dont personne ne sait si elle retrouvera son meilleur niveau.

Prochaine étape, le Cambia Portland Classic, où Marina Alex, désormais sélectionnée en Solheim Cup du team USA, défendra son titre, du 29 août au 1er septembre.

Par : JHCuraudeau

Le classement définitif ici