Cambia Portland Classic : Des scores toujours plus bas

La première journée de cette nouvelle étape du LPGA Tour a, de nouveau, fourni des scores très bas et deux belles cartes de 64, pour les deux joueuses de tête. Sur un parcours magnifique, que la plupart des joueuses connaissent bien, désormais, le classement provisoire est hétérogène, donnant la priorité à la nouvelle génération, laissant les françaises, une fois encore, loin, même très loin.

Cent quatorze trous sans bogey, tel est le record que Jin Young Ko détient, depuis hier, lorsqu’au trou n°9, elle a faibli, à tout juste un mètre du mat. « J’ai décéléré » a-t-elle confié au micro de Golf Channel USA. Interdite devant cette balle qui vient de dépasser le trou, la sud-coréenne a manifesté sa déception et son étonnement sur ce qui n’aurait pas dû arriver. Mais voilà, même les grandes championnes manquent ce que l’on croit impossible à rater. Néanmoins, cette performance, qui surpasse celle de Tigers Woods, qui avait réalisé 110 trous sans bogey, illustre, avant tout, le niveau de jeu des féminines, qui, cette année notamment, est affûté au point que les scores sont largement sous le Par, y compris au premier tour. Pendant que certaines jeunes joueuses, inscrites dans la Q-school, ambitionnent de faire carrière sur le LPGA Tour alors qu’elles n’arrivent pas à sortir d’un tournoi en négatif, ce sont les 70 premières de ce premier tour du Cambia Portland Classic qui jouent sous le Par avec les premières cartes de 67, à partir de la 12ème place. Et les premiers tours entre –8 et –7 s’accumulent depuis des semaines. Marathon LPGA Classic, -7, Evian Championship –7, British Women’s open –7, Scottish Women’s open –8, Canadian Pacific Women’s open –7. Et ces scores ne sont plus l’apanage de multiples vainqueurs ou du Top 10 du Rolex Ranking. Annie Park, Pajaree Anannarukarn, Jane Park, Anne Van Dam, Mi Hyang Lee, Ashleigh Buhai, Paula Creamer et même Alena Sharp, jamais victorieuse sur le tour. Les cartes de –1, avec tout juste deux birdie pour un bogey de certaines joueuses expérimentées relèvent presque d’un résultat d’amateur tant le niveau de jeu des filles est désormais à la hauteur des hommes sur un European Tour ou un PGA Tour. Certes, nous sommes encore un peu loin d’un 58 à la Jim Furyk, mais ce type de score reste une exception. Ainsi, pour ce premier tour du 48ème Cambia Portland Classic, Mi Jung Hur, lauréate du Scootish Women’s open, il y a deux semaines, Hannah Green, vainqueur du KPMG Women’s open en juin dernier, sont co-leader à –8, avec une carte vierge de bogey pour l’australienne. De quoi donner le tournis mais aussi, se féliciter de suivre le circuit féminin qui, pour un amateur, est bien plus formateur que le PGA Tour où les performances sont d’un niveau inatteignable pour le joueur du dimanche. Comme un pilote de karting qui chercherait les solutions à son pilotage en regardant la F1 ou l’Indy Car, un cavalier d’un poney club tentant de se prendre pour un professionnel du jumping international. Qu’il est beau et motivant ce circuit féminin !

Noh, Steen, Finkelstein, Stephenson, la nouvelle vague

« Trois mignones s’approchent fort bien balancées, elles chantent une chanson d’Elvis Presley, voilà nos trois pépères soudain tout éveillés par cette Nouvelle Vague … »  chantait Richard Anthony en 1959. En 1972, une autre nouvelle vague est chantée par le groupe français Starshooter faisant l’apologie d’une génération adepte du plastique, du skaï et du fluo.  En 2019, la nouvelle vague existe toujours parce qu’elle est immortelle et cyclique. Notamment en golf, c’est Annika Sorenstam qui a ouvert la voie. Les filières sportives étant de plus en plus structurées, les Etats-Unis fournissent l’essentiel de ces nouvelles vagues de joueuses plus déterminées, plus décontractées, plus matures et plus professionnelles à chaque génération. Cette semaine, certaines d’entre-elles sont là, dans le Top 10. Ce sont quatre américaines dont deux âgées de 17 à 20 ans. D’abord, celle qui est de plus en plus invitée sur les tournois, l’amateure Yealimi Noh qui ambitionne de s’imposer sur le LPGA Tour. Avec un score de –7, la joueuse aux origines sud-coréennes, a giflé le parcours avec 9 birdie pour deux bogey. La suite du tournoi s’annonce captivante. Ensuite, Marissa Steen, trois fois victorieuse sur le Symetra Tour, qui signe une carte de 66 avec un bogey, et surtout 4 birdie à la suite, du 10 au 13. Un peu plus âgée, Dana Finkelstein est également 5ème à –6, avec une carte vierge de bogey. Ces joueuses font jeu égal avec une Jane Park, rookie en 2007, qui pointe à –7 avec un eagle sur le 10. Et la nouvelle vague continue de s’afficher à –6 avec JeongEun Lee6, victorieuse du l’US Women’s open, à la surprise générale, ou Lauren Stephenson rookie cette saison, et déjà très suivie par les médias du golf américains, qui voient en elle, une future grande joueuse. Plus bas, à –12, Yougin Chun, apparue sur le Thornberry Creek, qui continue d’inscrire quelques bonnes performances. Enfin, la blonde suédoise Louise Ridderstrom, rookie elle aussi, qui supplante progressivement sa compatriote Madelen Sagstrom, dans les classements. La voici à –5, avec deux bogey pour sept birdie. Toutes ces « mignones » encadrent des joueuses un peu plus anciennes du tour comme Lee-Anne Pace, la presque retraitée, l’italienne Silvia Cavalleri, rookie en 1999, qui fait une nouvelle pige sur le LPGA Tour, depuis le Dow Great Lake Bay invitational. Et plus bas encore, Lydia Ko, à-5, qui semble s’être perdue dans les méandres de la préparation physique avec un régime alimentaire qui lui fait tutoyer la maigreur et une succession de coachs dont l’effet ne semble pas avoir le résultat escompté. Sung Hyun Park, qui accuse, elle aussi, un peu le coup depuis le début de l’année, est tout de même présente à –5 avec une Brooke M.Henderson toujours aussi endurante. Outre Cavalleri, les premières européennes de pointe et désormais joueuses de Solheim Cup, se nomment Ciganda et Hall à –4. La britannique Charlotte Thomas, espoir du golf européen, est un cran au-dessus, à –5. Ce leaderboard est appelé à bouger notamment parce que Jennifer Kupcho (-3), Azahara Munoz (-3), Ariya Jutanugarn (-2), Lexi Thompson (-2) ou encore Su Oh (-2), Ann Van Dam (-2) et même Marina Alex, tenante du titre (-2), ont de la ressource.

Boutier à la barre, les autres françaises rament

Il ne faut jamais conclure trop vite avec le golf, cependant, quand ça veut pas, ça veut pas. Seize années de circuit pour Karine Icher, aucune victoire et désormais un creux de la vague qui la place, cette semaine encore, sous la ligne de Cut. Depuis son retour de maternité, la française n’y ait plus. Elle avait déjà des difficultés à suivre ce niveau, toujours en progression, qu’impulse la nouvelle vague, mais là, le bateau prend l’eau. Dix Cut manqués en seize départs, deux cartes de –8 dans la saison, vingt cartes entre +1 et +7, et surtout, le sentiment que la française peine à suivre un niveau de jeu désormais trop haut pour elle. Même Cristie Kerr, autre quadra du circuit, connaît une année difficile et ne semble plus réellement en capacité de venir contrer des Jin Young Ko, des JeongEun Lee6, des Liu Yu voire même une Morgan Pressel qui revient à son meilleur niveau et qui, contrairement à Kerr et Icher, à conserver sa sélection en Solheim Cup. Certes, être mère de famille et golfeuse professionnelle est très compliqué à gérer, mais à un moment donné, la question de rester sur le Tour, pour la française, avec des résultats aussi faibles, se posera. Car tout sportif connaît un jour l’heure de son déclin. Autre joueuse qui posent question, c’est Céline Herbin. La française ne peut s’empêcher de concéder des doubles bogey sur presque tous les tournois, plombant ses cartes avec des scores impossibles à remonter. La voici, cette semaine encore, en difficulté, à +-1, après deux double bogey sur le 12 et le 13, qu’elle a cherché à effacer, sur le reste de sa journée, avec trois birdie et un bogey, du 2 au 7. Le cas Joanna Klatten est quant à lui plus simple à analyser. Dithyrambique sur son entraînement, ses journées de golf et ses loisirs, la française est presque un livre ouvert pour les spécialistes de la préparation mentale et autres psychothérapeutes. Joanna Klatten est avant tout une sportive avant d’être une golfeuse et c’est la canalisation de son énergie et de son psychique dont elle semble avoir grand besoin pour réussir, enfin, à décrocher les résultats qu’elle attend depuis trop longtemps. S’ajoute de pathétiques déclarations, notamment quand elle avoue, après plus de 20 ans de golf, qu’elle a enfin découvert qu’un putter doit être à la taille du joueur. Et c’est peut être ces prises de conscience tardives, qui ont généré les blessures qui ont assombri son parcours sportif et, sauf un retour surprise sur le LPGA Tour, via la Q-serie, c’est une saison sur le Symetra Tour qui l’attend d’où elle devra sortir, impérativement, dans le Top 10. Capable du meilleur comme du pire, Klatten est encore capable de réaliser un second tour exceptionnel, comme elle à su brillamment le faire, notamment lors du Kingsmill, en 2017, avec une seconde carte de 66. Pour preuve de ses capacités, elle a réalisé un trou en un et un eagle, ce jeudi. C’est donc, une fois encore, Céline Boutier la locomotive de ce groupe France et probablement la seule à pouvoir terminer la semaine, au milieu de joueuses qui ont rapidement pris la mesure de ce parcours, qui réalise le meilleur score des françaises engagées. Mais à –3, le résultat reste timide. Néanmoins, nous savons que la n°1 française est déterminée et que, comme la semaine dernière, elle est capable de remonter dans le classement avec des cartes très basses.

Rendez-vous, cette nuit, à partir de 00h30, pour suivre le second tour de ce Cambia Portland Classic.

Consulter le classement provisoire ici