Solheim Cup : L’Europe l’emporte aux forceps !

L’histoire de la Solheim Cup et du golf féminin retiendra cette 16ème édition comme une des plus improbables. Et si l’Europe s’est imposée d’un demi point, elle n’en sort que plus glorifiée par l’énergie que les américaines ont opposé, pour tenter de remporter un troisième succès. Et le finish fut insoutenable et tellement beau !

Etre du côté des vainqueurs c’est toujours un moment très facile à vivre. En 2013, tous les supporters du Team Europe ont vibré parce que la victoire fut conquise sur le sol américain. Et en 2015, la défaite fut amère et même sévère parce qu’elle se vécut sur le sol européen, en Allemagne. Deux ans plus tard, à Des Moines, dans l’Iowa, où l’ambiance fut totalement folle, l’Europe mouilla une fois encore le mouchoir. Alors, quand l’annonce de l’élaboration de cette nouvelle équipe de Solheim Cup fut faite, il y eu des critiques et des encouragements. Car le moral était un peu en berne et les ambitions grandes. Ce dimanche soir, la victoire des européennes a fait place nette à presque toutes les polémiques y compris ce choix de la capitaine qui sélectionna Suzann Pettersen pour mettre sur la touche Mélissa Reid. Néanmoins, samedi soir, à l’issue des dernières parties de Fourballs, les supporters du Team Europe n’en menaient pas large. D’abord parce que Caroline Masson avait une fois encore failli en concédant un demi point, ce fameux demi point qui l’a fit s’écrouler en larmes, lorsqu’en 2015 elle condamna son équipe, à domicile. Ensuite, parce que sur le papier, les américaines étaient les plus fortes et que leur capitaine Juli Inkster voyait sa stratégie avancer comme le Duc de Wellington et le Maréchal Blucher avançaient leur pions face à l’armée napoléonienne à Waterloo. La morne plaine guettait les européennes face à une armée de 12 joueuses bien affûtées, prêtent à conserver leur trophée, dans la lande écossaise. Seulement les européennes étaient également les plus fortes sur le papier, ce que nous n’avons jamais manqué de souligner, notamment dans notre article de présentation de cette 16ème édition. Beaucoup ont calculé sur la base du Rolex Ranking ou du classement du LPGA, mais il fallait tenir compte, également, du nombre de sélections. Et là, il n’y avait pas photo. 44 sélections cumulées pour l’Europe contre 26 pour les USA. Et c’est la doyenne de cette équipe, Suzann Pettersen, qui en totalise le plus avec 9 cette année. Et c’est également elle qui va s’avérer être une pièce maîtresse de cette équipe en ayant préféré jouer que d’occuper le poste de vice capitaine. Alors, quand samedi soir les deux équipes sont à égalité, 8 points partout, le doute s’installe dans le clan européen. Sur les terres de Gleneagles, l’Europe n’a pas réussi à faire trébucher des américaines qui ont bravé le froid et le vent, si loin du soleil de Floride ou de Californie, pour la plupart, et qui ont su parfaitement tenir le cap, sur un parcours difficile.

Brouillonne, Ciganda offre le premier point

Lorsque samedi, dans la soirée, la liste des simples fut publiée, l’heure fut à l’interrogation et au calcul. Entre les joueuses qui pouvaient accuser la fatigue en ayant disputé trois ou quatre matchs et celles qui avaient un bilan médiocre voir largement en dessous des attentes ou au contraire, celles qui avaient agréablement surpris, il y avait de quoi « tirer des plans sur la comète » et se perdre en spéculations. De manière plus factuelle, il était évident que les sœurs Korda seraient deux joueuses phares des simples. Invaincues sur les doubles, Jessica et Nelly furent, plus que jamais, au sommet de leur art. En opposant Caroline Hedwall à Nelly et Caroline Masson à Jessica, il était largement permis de douter du succès des européennes. La grande Lexi Thompson n’apparaissait plus comme une tour imprenable et Georgia Hall, solide dans sa tête et invaincues durant les deux premières journées, avec une Céline Boutier désormais élevées au rang de meilleure joueuse mondiale, pouvait faire trébucher l’américaine. Charley Hull semblait en pleine possession de ses moyens même si elle avait montré un jeu un peu en dessous de ce qu’elle peut produire. Une victoire face à une Megan Khang n’était pas à exclure. Pour Jodi Ewart-Shadoff, seuls les optimistes pouvaient prédire un sursaut de l’anglaise qui est totalement passée à côté de cette épreuve. La voir triompher d’une Brittany Altomare en pleine possession de ses moyens avec un putting ultra solide, relevait du fantasme. En revanche, plus indécis étaient les pronostics autour des matchs opposant Danielle Kang et Carlota Ciganda, Annie Park face à Céline Boutier ou encore Morgan Pressel face à Anna Nordqvist et Marina Alex opposée à Suzann Pettersen. L’espagnole de Pampelune n’avait pas convaincu lors du premier tour. Comme beaucoup de joueuses disposant d’un jeu long, elle avait un peu trop dispersé et son putting manquait de précision. Mais un réalité, Ciganda jouait selon son tempérament, à la fois fougueuse, impatiente et un brin fantasque. Associée à Bronte Law, elle ne remporta aucun match en double et en simple, dès le premier trou, elle confirma la tendance. Moins longue, Danielle Kang mit la pression sur l’espagnole et remporta le premier trou. Ciganda revint à égalité en remportant le trou n°2 et la suite fut un match d’observation jusqu’à ce que l’espagnole prenne l’avantage sur le trou n°7. Mais Kang inversa la tendance au 9 et mena 1up jusqu’au 15. L’Europe s’apprêtait à perdre le premier match quand Ciganda trouva le green en 2, sur le 16 et rentra le birdie. Désormais all square, elle s’accrocha. Et Kang ne lâcha rien. C’es donc sur le 18 que tout se joua. Ciganda fit parler la longueur et trouva le fairway à droite quand Kang plaça sa balle à la limite du fairway, dans le petit rough. Chacun crut que l’espagnole en profiterait pour s’appliquer et prendre le green en 2. mais au lieu de cela, elle lâcha un long coup, très à droite, qui manqua de heurter un spectateur. Kang eut une belle opportunité qu’elle sacrifia en trouvant le bunker de green. Une chance pour l’espagnole qui n’avait absolument pas été capable d’assurer son coup. Le destin fit basculer la partie en faveur de l’Europe quand Kang manqua complètement sa sortie de bunker et que sa balle vola quelques mètres, pour tomber dans le bunker suivant. Ciganda trouva le green avec une balle à hauteur de mat et un putt d’environ 5 m à suivre. L’américaine joua son va tout et tenta une approche rentrée. Hélas, bien qu’elle joua juste, sur la bonne ligne, sa balle fila pour s’arrêter à 4,5 m du mat. Carlota Ciganda remporta donc son unique match de la Solheim Cup, sans gloire, quand Danielle Kang lui offrit son putt. Les supporters exultèrent devant ce premier point acquis de manière très brouillonne. Mais la joie, pour l’équipe de Catriona Matthew, serait de courte durée, et l’angoisse allait monter crescendo.

Hedwall s’effondre, Boutier et Hall triomphent

Céline Boutier sort invaincue de sa première Solheim Cup

Avec 9 points pour l’Europe et 8 pour les USA, les bleu et jaune prenaient un léger ascendant psychologique qui n’était qu’une façade. Face à Nelly Korda, Caroline Hedwall débuta son match tel un taureau dans l’arène empêchant les picadors de l’atteindre. Malgré un birdie sur le 3 pour la cadette des Korda, Hedwall tint le match avec force et détermination, menant 3 up jusqu’au 9. Puis, l’américaine, qui attendait son heure, planta ses banderilles, une à une. Birdie au 10, birdie au 11, Hedwall fut un peu sonnée mais continua d’y croire. Sur le 13, Korda joue le Par tandis que la suédoise part à la faute avec un bogey. Le taureau, qui a brûlé son énergie, souffle puis s’essouffle. La mise à mort est proche. Incapable de réagir, Hedwall accumule les fautes et perd ce panache qui lui a permis de dominer dès le premier trou. Malgré un birdie sur le 16, qui lui offre un répit, en réduisant  la marque à 1up, elle ne parvient pas à s’échapper du piège que l’américaine a tendu. Sur le 18, Korda trouve parfaitement le green tandis que Hedwall ne maîtrise plus sa puissance. Avec une balle dans la cuvette, au pied du green, contrainte de réaliser un putt pour tenter de revenir all square, elle passe à côté du trou quand Korda n’a plus qu’un second putt de 60 cm, pour gagner l’emporter. Les USA reviennent à 9 points partout et d’autres parties sont en train de basculer en faveur des joueuses de Juli Inkster. Fort heureusement, Georgia Hall et Céline Boutier, qui sont probablement les deux joueuses qui ont le plus mûri au travers de cette épreuve, sont en passe de prendre un point chacune. Pour Georgia Hall, la chance est de son côté. Lexi Thompson est affectée par une douleur musculaire au dos qui l’empêche de se baisser. Son swing est émoussé altérant la précision de ses coups. Après avoir dominé jusqu’à 2up, pendant les 8 premiers trous, Thompson va progressivement lâcher prise permettant à Georgia Hall de reprendre l’avantage. La britannique aligne trois birdie du 9 au 11 et reprend la main. Puis, Thompson va rapidement perdre pied en dispersant sur presque tous ses coups. Au 15, Hall, qui ne se laisse pas impressionner, signe un nouveau birdie et passe 2up. L’américaine résiste mais chacun voit qu’elle est dans l’incapacité de faire jeu égal. Le 17 signe donc la fin du calvaire pour la n°3 mondial qui va offrir le trou à la britannique et permettre à l’Europe de reprendre l’avantage par 10 à 9. Dans le même temps, Céline Boutier est en passe de conclure son match face à une Annie Park qui a offert une belle résistance à la française. Grâce à cette sélection en Solheim Cup, la française a trouvé un terrain de jeu pour exprimer son art mais aussi sa soif de victoire. Elle tient d’une Catherine Lacoste, d’une Anne-Marie Palli ou d’une Patricia Meunier-Lebouc qui, toutes les trois, n’ont rien lâché pour sortir victorieuse sur le circuit mondial. Si Annie Park a mené au score jusqu’au 10, Céline Boutier a empêché l’américaine de s’envoler en signant deux birdie, sur l’aller, pour rester all square. Se maintenant dans cet équilibre, et dominant de plus en plus l’américaine, la française a survolé la fin du match pour signer un birdie sur le 16, par un sublime putt de 4m. Avec un score de 2up au départ du 17, un trou partagé lui a suffit pour remporter le 11ème point de l’Europe et son 4ème point de Solheim Cup, dont elle sort invaincue.

Shadoff et Masson les maillons faibles, Munoz avec les honneurs

Angel Yin lors du dernier tour de la Solheim Cup

Incontestablement, l’anglaise Jodi Ewart-Shadoff et l’allemande Caroline Masson ont affiché un niveau de golf bien loin de celui requis pour cette sélection. La médaille en chocolat revenant à l’anglaise qui fut un poids pour cette équipe en perdant tous ses matchs. Mais en même temps, rien d’étonnant à ses résultats au regard de son classement depuis le début de la saison. Après 3 Top 10, elle a commencé à côtoyer le fond des classements, dès le mois de juillet. Et pour finir, elle ne franchit pas le Cut lors du Cambia Portland classic. Alignée face à une Brittany Altomare au sommet de son art, et probablement meilleure putteuse du Team US, Ewart-Shadoff a fait illusion l’espace d’un trou, le 1, en prenant un birdie. Puis, l’américaine lui a infligé une correction qui s’est achevée, 5&4, sur le trou n°14. Et c’est sans doute parce qu’elle avait bien conscience de sa piètre prestation qu’elle laissa filer la coupe, de main en main, lors de la cérémonie de clôture, sans chercher à s’en saisir. Quant à Caroline Masson elle s’est un peu mieux défendue, lors de ce simple face à Jessica Korda. Prenant l’ascendant psychologique, dès le premier trou, Masson mena jusqu’à 2up avant de devoir défendre son avance, pour ne pas laisser l’américaine prendre l’avantage, entre les trous 7 et 11. Mais au 12, Jessica Korda trouva son rythme et s’imposa face Masson qui ne parvint pas à résister. Dominée 3up, l’allemande s’inclina non sans avoir chèrement défendu ses positions. Un peu plus tôt, L’Europe voyait l’une de ses meilleures joueuses s’incliner face à Angel Yin. Après un très mauvais coup, sur le 1, qui envoya sa balle, dans la cuvette de green, d’où elle s’employa, à deux reprises, pour en sortir, grâce à un coup roulé de génie, au bois 3, Azahara Munoz résista à l’américaine dans l’espoir de trouver un espace pour placer un birdie. Cette opportunité se présenta tardivement dans la partie, sur le 10 alors qu’elle était menée 4up. Effaçant l’avance d’Angel Yin, en l’espace 5 trous, Munoz ne réussit pas à revenir à égalité, pour faire douter l’américaine. Cette dernière signa un dernier birdie sur le 16, et tua le match sur le trou suivant avec un score de 2&1. Disposant d’un putting très solide, Munoz n’a pu inscrire ce point qui aurait soulagé l’Europe. Menée 12 à 11, au terme du match Altomare/Masson, l’équipe de « Beany » voyait les opportunités de remporter la victoire, s’épuisaient.

Van Dam a fait trembler l’Europe

Avec 7 matchs restant à jouer et un potentiel de 3,5 points par équipes, l’Europe était assurée de rentrer bredouille de Gleneagles, pour la troisième fois. Quatorze points suffisaient aux USA pour conserver le trophée et il ne leur en manquait que deux pour concrétiser leur rêve. Les chances du Team Europe reposaient donc sur Charley Hull, dont les compétences, en simple, n’étaient plus à prouver. Par ailleurs, sa relation sentimentale avec le boxer Ozzie Smith, qu’elle doit épouser ce week-end, l’a conduite à embrasser une vie plus sportive et moins festive. Et sur le parcours, il est aisé de se rendre compte que la joueuse britannique a perdu ses rondeurs au profit d’une silhouette plus élancée. Enfin, l’ancienne lauréate du CME Group Tour Championship est opposée à Megan Khang, qui n’a remporté aucun match en double, depuis l’ouverture du tournoi. Catriona Matthew comptait également sur la compatriote de Hull, Bronte Law, qui s’est montrée convaincante et toujours très attaquante. Plus incertain était le match opposant Anne Van Dam à Lizette Salas dans la mesure où la néerlandaise a démontré, lors des doubles, cette capacité à perdre pied qu’elle a régulièrement montré sur le L.E.T ou le LPGA. Fougueuse, emportée, Van Dam est capable de passer rapidement d’un état mental à un autre et de se laisser submerger par la colère. Elle est, en quelque sorte, le pendant féminin d’Annakin Skywalker, dans le golf. Impossible donc de capitaliser sur une victoire de Van Dam face à l’expérimentée californienne. Enfin, deux inconnues envahissaient les esprits. Le cas de Suzann Pettersen et d’Anna Nordqvist. La première fut, incontestablement, un élément fédérateur de ce Team Europe tandis que Nordqvist, qui n’est plus aussi transcendante qu’il y a deux ans, pouvait très bien faire un excellent match en simple, après s’être inclinée en fourballs et foursomes. Très vite, le ton fut donné entre Charley Hull et Megan Khang. L’américaine prit l’avantage et empêcha la britannique de revenir au score, jusqu’au trou n°12. Sur le 10, Hull réduisit le score à 1up, avec un birdie puis revint à égalité sur le 13. Sur le 16, l’anglaise passe 1up quand Megan Khang rate son putt pour birdie. Les deux joueuses iront jusqu’au 18, tenant la foule et les supporters en haleine, car un point important se joue dans cette partie. Finalement, la britannique va manquer de présence d’esprit en partant à la faute sur la prise du green. Après avoir pris le fairway, à gauche du green, elle a manquer son chip avec une balle qui va rester à 10m du mat. Plus précise, Megan Khang parvient à se placer à 80 cm du trou alors que Hull voit sa balle sortir du green sur son putt. Avec un dernier chip qui ne rentre pas, Hull laisse le sentiment d’avoir sacrifié un point précieux pour l’Europe en laissant les deux joueuses all square. Du Côté de Van Dam, c’est à nouveau le scénario catastrophe. Toujours en proie à ses émotions, la triple vainqueur du Ladies European Tour ne parvient pas à conserver son avance de 2up, acquise au 5, et va se retrouver all square, dès le trou n°10. Au 13, l’américaine prend l’avantage 1up. Sur le 16, Lizette Salas voit son putt de 8m passer juste au-dessus du trou tandis que Van Dam réalise une merveilleuse ficelle, depuis la cuvette au bord du green, pour un birdie qui lui permet de revenir à égalité. Chacun pense alors que Van Dam a pris la mesure de l’enjeu et qu’elle va apporter ce point qui permettrait de faire douter les Etats-Unis et de laisser à l’Europe, une chance plus large, de remporter le trophée. En réalité, Van Dam ne contrôle rien et à ce moment de la partie il est étonnant que ni la capitaine ni une vice capitaine, du Team Europe, ne soit intervenue pour calmer Van Dam comme l’avait judicieusement fait Juli Inkster, avec Lexi Thomspon, en 2017. C’est donc une Anne Van Dam, livré à elle-même, qui va perdre deux trous de suite pour laisser le match à une Lizette Salas qui fut dominée pendant la moitié du match. Consciente de la situation, la joueuse néerlandaise a les larmes au bord des yeux et son regard semble trahir toute la culpabilité qui afflige son esprit en voyant les américaines passer à 13,5, contre 11,5 pour l’Europe, soit une demi point du bonheur pour les joueuses de Juli Inkster. Par chance, deux valeurs sûres son sur le parcours. Et la première se nomme Anna Nordqvist. Elue meilleure joueuse européenne de la Solheim Cup 2017, la norvégienne a mis en échec une Morgan Pressel qui n’a marqué qu’un birdie en 15 trous. Une partie qui, hélas, fut peu suivie par les caméras et dont il est impossible d’en donner plus de détails. Néanmoins, peut importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse. Nordqvist permet à l’Europe de pousser un ouf de soulagement, en réduisant le score à 12,5 contre 13,5. Mais l’épée de Damoclès est toute proche de trancher, net, le destin des européennes. Le sort des jaune et bleu repose donc sur deux parties. Celle opposant Bronte Law à Ally Mc Donald et celle mettant en scène la doyenne du Team Europe, Suzann Pettersen, à la rookie américaine Marina Alex.

Et Tutta délivra l’Europe

C’est une ambiance étouffante qui pèse alors sur le PGA centenaire de Gleneagles enveloppé d’un suspense écrasant qui place les deux équipes dans une position incertaine. Un demi point sépare les Etats-Unis de la victoire et deux points manquent à l’Europe, pour laver deux affronts successifs. Que ce soit Michelle Wie, dans les studios de Golf Channel USA, où les journalistes français dans leur rédaction, les deux capitaines sur le bord du parcours où les spectateurs de chaque camp, nul ne résiste à cette pression insoutenable qui rend la situation indécise. Bronte Law a eu fort à faire face à McDonald, qui empêcha la joueuse européenne de s’envoler plus haut que 1up. Se répondant coup pour coup, elles se sont installées dans un match d’usure qui voit McDonald reprendre la main au 10, pour passer 1up. Cette situation va se stabiliser jusqu’au 13 puis, sur le trou suivant, Law va trouver la ressource nécessaire pour revenir all square. Et elle reprend même l’avantage sur le 16, en enthousiasmant la foule et surtout les supporters européens. Car de l’issue de ce match, dépend le score final. Un match partagé offrirait aux USA le trophée. Mais une victoire permettrait à l’Europe de laisser la partie Pettersen/Alex, clôturer le tournoi. Motivée et volontaire comme jamais, Bronte Law est l’anti Ewart-Shadoff. Le point serré, adoptant la posture d’une combattante, elle va arracher le point de l’espoir grâce à son arme la plus redoutable : le putting. Sur ce dernier Par 3, elle trouve le green à une dizaine de mètres du trou tandis que McDonald échoue dans le bunker. C’est déjà un signal fort pour l’Europe qui ne voit pas comment ce point de match pourrait tomber dans l’escarcelle des USA. McDonald, qui a réalisé une bonne première Solheim Cup, effectue une excellente sortie de bunker pour placer sa balle à 3 mètres du mat. C’est donc un Par que l’américaine peut signer, au minimum. Mais à 10 mètres, les chances de Bronte Law de signer un birdie, sont faibles. Néanmoins, elle parvient à trouver une bonne ligne et se place à donnée. McDonald doit donc rentrer sa balle, si elle veut partir au départ du 18. mais voilà, cette balle ne trouvera jamais le trou et la britannique exulte, en même temps que la joie éclate dans la foule. L’Europe est à un point du bonheur et l’équipe de Juli Inkster est comme un avion sans ailes, clouée au sol. C’est donc, de manière totalement inattendue, que le sort du Team Europe va reposer sur les épaules de celle qui fut l’objet de polémique, autour de sa sélection, et qui n’a jamais aussi bien joué, depuis son retour à la compétition. Elle est là, Suzann Pettersen, bien en club, bien dans sa tête, toujours aussi affûtée physiquement, malgré sa maternité, et combative comme aux plus grandes heures de sa carrière. Calculatrice, elle joue chaque coup avec précision. Face à elle, une Marina Alex qui s’est affirmée, depuis trois jours et qui a pris du galon, au milieu de cette équipe américaine, pourtant donnée favorite. Tutta a fait le job, dès le début du match, en tenant en échec les attaques de Marina Alex. Mieux encore, elle a mené durant 9 trous, avant de voir l’américaine arracher l’égalité, sur le 13, par un birdie. Pettersen est-elle en difficulté ? La situation le laisse penser. Mais en réalité, Madame Ringvold est redevenue la grande Suzann, celle qui a conquis 15 victoires en carrière et 121 Top 10. Les deux joueuses vont se tenir en respect jusqu’au départ du 18. Et quel plus beau scénario que de voir cette 16ème Solheim Cup trouver son dénouement sur le dernier green du parcours, où la foule est amassée et où le podium doit être installé.  Marina Alex met en jeu plein fairway, tandis Pettersen se rate à gauche, dans le rough, avec un arbre en pleine trajectoire. Au regard de l’enjeu, cette position est une très mauvaise nouvelle pour l’Europe car l’américaine est en position idéale, pour bien attaquer le green en 3 coups. Pettersen rejoint Alex sur le fairway et les deux joueuses peuvent attaquer le green. Mais c’est sans compter sur le talent incomparable de la norvégienne et son mental qui semble totalement galvanisé, depuis l’ouverture de l’épreuve. Qu’a-t-elle à perdre ? Plus rien. Tout à gagner au contraire. Sur le bord du parcours, Juli Inkster a le visage fermé. Une image qui contraste avec celle qu’elle offrait deux ans auparavant. Car elle sait que l’Europe a mis en piste une de ses plus grandes joueuses et la confirmation ne tarde pas. Alors que Marina Alex a placé sa balle à environ 4 m du mat, Suzann Pettersen place la sienne derrière le mat tout en lui ayant imprimé tant d’effet, qu’elle effectue un back spin pour revenir se placer devant le trou, à environ 3 mètres. Du grand art. Les cœurs battent la chamade, cognent contre les poitrines. Les mains sont moites, les doigts crispés. Marina Alex, en rentrant son putt, peut délivrer son équipe, en arrachant un nul. Mais voilà, le putt, bien que correctement ajusté, est légèrement le long du trou. L’Europe souffle. Respire même car au bord de l’apoplexie, depuis plus d’une heure. Pettersen se présente prés de sa balle et étudie soigneusement la trajectoire. L’instant est crucial. Puis, elle se met en position, prend son temps et balance la tête de son putter vers la balle. Comme au Casino, rien ne va plus. La balle roule et Pettersen observe la trajectoire. Puis, alors que la balle est encore à 10 cm du trou, Suzann Pettersen lâche son putter, sert les poings et laisse échapper sa joie au moment où la balle disparaît dans le trou. Une vague bleue se lève, déferle sur le green portée par les cris de joie d’une foule qui vit l’un des plus grands moments du golf féminin mondial. Au terme d’une 9ème sélection, Suzann Pettersen a joué le putt le plus important de sa carrière, le plus déterminant. Mais cette victoire cachait une nouvelle qui attriste les fans de la norvégienne. En conférence de presse, quelques heures plus tard, elle annonçait la fin de sa carrière alors que beaucoup voyait là une résurrection de celle qui hésitait, il y a quelques mois encore, à reprendre les clubs. Si le retour à la compétition de Tiger Woods et sa victoire en Majeur fut un événement, alors comment définir celui de Suzann Pettersen qui, à 38 ans, après des problèmes de dos et avoir donné naissance à son premier enfant, est revenue pour remporter le Saint Graal du golf féminin ? Une question posée sur les réseaux sociaux qui s’apparente presque à un sujet de philo du Bac. Une chose vient alors à l’esprit. Cette victoire, au terme d’un retour éphémère, serait-elle liée à un effet mère ? Une chose est certaine, tout le monde est unanime, la norvégienne est devenue une légende !

Félicitations à l’Europe, à Catriona Matthew, pour ses choix mais aussi sa prise de risque et une reconnaissance éternelle à cette grande dame du golf qu’est Suzann Pettersen, qui, en ce dimanche 15 septembre, a conquis tous les cœurs au point qu’elle fut submergé d’émotion par la multitude de messages, à son attention, qui ont été publiés sur l’ensemble des réseaux sociaux. Rendez-vous dans deux ans, aux Etats-Unis, dans l’Ohio, pour une revanche à laquelle les européennes devront se préparer avec encore plus de détermination, car nul doute que les américaines seront très déterminées.

Le classement final ici