Interview Madelen Sagstrom

Photo : LPGA/Twitter

LPGA : Vous venez de remporter ce tournoi inaugural, quelles émotions traversent votre esprit en ce moment?

MADELENE SAGSTROM: Eh bien, je suis encore sous le choc. C’est juste une de ces choses que vous ne réalisez pas vraiment qu’elle se soit produit. Et  je pense que vous avez besoin de temps pour réaliser et accepter la chose.

LPGA : Parlez-nous de cette dernière journée. Vous avez trébuché un peu sur les neuf premiers trous. Étiez-vous nerveuse? C’était la première fois que vous étiez tranquillement en tête après 54 trous.

M.Sagstrom : Eh bien, je n’ai jamais été dans une situation comme celle-là auparavant, donc évidemment c’était tout nouveau pour moi. Je ne savais pas comment j’allais gérer ça. Si ça allait bien se passer ou pas. Donc mon objectif aujourd’hui était simplement de rester patiente et de faire ce que j’ai fait les autres jours, parce que j’étais, avant tout, vraiment fière. Dans ma tête j’avais déjà gagné. Pas le tournoi, mais simplement j’avais vaincu mes démons et cela me rendait déjà fière d’autant que j’ai joué 62, le deuxième jour et ensuite 67. Ce qui est un score énorme pour moi. Et le fait d’être en tête du classement et de me mettre dans cette situation était une énorme victoire pour moi. C’est simplement la cerise sur le gâteau

LPGA :  Vous avez un chip au 10 pour birdie. Une façon de reprendre la main, aujourd’hui. En quoi cela a-t-il changé la dynamique de votre journée?

M.Sagstrom : J’ai réussi un très bon coup au 10, mais je me suis retrouvé dans le bunker. Et je me suis dit, d’accord, eh bien, essaye juste de faire un bon coup depuis cette position. Je me considère comme une très bonne joueuse de bunker. Et quand je l’ai vu entrer, je me suis dit «c’est génial ». J’ai donc ressenti un petit moment d’élan, j’ai retrouvé confiance en moi, ce qui m’a aidé, c’est certain.

LPGA : Vous revenez au score sur le trou n°17. Saviez-vous où vous en étiez? Vous faisiez face à un très bon adversaire qui est Nasa Hataoka, vainqueur à plusieurs reprises. Quel était votre état d’esprit avant 18?

M.Sagstrom : Je pensais « Fairway, fairway, fairway ». Je savais qu’il y avait le bunker et l’eau en jeu. J’avais en tête de me relâcher et d’espérer toucher le fairway. Mon état d’esprit consistait à laisser tous mes sentiments de côté et toutes mes pensées de côté pour aller de l’avant et essayer de prendre le fairway.

LPGA : Saviez-vous que le putt par était potentiellement pour la victoire? Saviez-vous que c’était incontournable?

M.Sagstrom : Je savais que c’était indispensable. Je le supposais, mais je le ne savais pas vraiment. Je savais que Nasa et moi étions sur le même score, évidemment, parce que nous jouions ensemble, mais j’ai dit à Allan, sur le 11, « je ne regarde pas le tableau des scores sur le retour ».. C’est moi contre le parcours, et je vais faire de mon mieux. Évidemment, je savais ce qu’elle faisait, parce que nous jouions ensemble. Mais je pensais que ça allait être assez bon. Je savais donc que je devais faire un Par putt pour me donner une chance.

LPGA : Et puis il y a eu votre réaction. Vous avez été aspergée de champagne, votre petit ami s’est avancé, votre famille aussi. Décrivez-nous vos émotions ?

M.Sagstrom : Eh bien, je pense, qu’au début,  je ne savais pas ce qui s’était passé, parce que je ne connaissais pas d’autres situations. Je me disais « c’est ça ? Ou bien que s’est-il passé ? Il y avait tellement d’émotions qui me traversaient. Et en même temps c’est ce dont nous rêvons toutes. C’est ce dont j’ai rêvé toute ma carrière depuis que j’ai commencé à jouer au golf. Donc ça m’a vraiment frappé fort.

LPGA : Vous avez mentionné votre caddie Allan. Pour ceux qui n’auraient peut-être pas entendu l’histoire, pouvez-vous nous donner un aperçu de qui vous aviez sur le sac cette semaine?

M.Sagstrom : C’est Allan Clark, le père de mon petit ami. Il pensait qu’il allait partir en vacances en Floride pendant deux semaines, mais j’ai fini par l’appeler il y a quelques semaines et je lui ai dit « mon caddie habituel ne vient pas. Pouvez-vous caddeyer par moi ? Et il a répondu « je ne sais pas ». Et finalement il a répondu positivement à ma demande. Il a vraiment fait un travail incroyable cette semaine. Je suis vraiment fière de lui parce qu’il s’est battu très fort et qu’il était très fatigué, les premiers jours. Mais il a fait un travail formidable.

LPGA : Quel est sa situation professionnelle ?

M.Sagstrom : Il est à la retraite et maintenant il a pris sa retraite de caddie sur la LPGA, aussi.

LPGA : Pour ceux qui ne connaissent pas votre histoire, Madelene, gagner peut sembler avoir été rapide et facile sur le Symetra Tour. Comment avez-vous vécu ces dernières années ? Parlez-nous de ces hauts et bas que vous avez connus ?

M.Sagstrom : Eh bien, en fait, quand j’ai commencé  sur le Symetra, au début de la saison 2016,  je me suis vraiment demandé si j’étais assez bonne. J’ai vraiment eu du mal à sortir de l’université parce que je ne connaissais pas mon niveau. Je ne savais pas vraiment où j’allais m’intégrer. Mais j’ai compris assez vite et je me suis vraiment tenu à mon plan de jeu. Je m’y suis attaché toute la saison comme je l’ai fait cette semaine. Et évidemment, cela s’est traduit par une excellente saison et une très bonne finition. Mais nous jouons sur la plus grande scène du golf. Les meilleurs joueuses du monde sont ici. Et tout le monde est si fort. Donc si vous faites quelques erreurs, vous ratez quelques Cut. J’ai fait beaucoup de progrès ces trois dernières années Ma première année a été plutôt bonne. Même si e n’ai pas joué la Solheim Cup. Mais ces deux dernières années, il y a eu tellement de haut et de bas. J’ai donc vraiment dû faire face à mes propres émotions, mes petits démons dans ma tête, mes pensées, et comprendre qui je suis, quel genre de joueuse je veux être, et comment puis-je simplement tirer le meilleur.

LPGA : Vous avez mentionné la Coupe Solheim. Vous étiez le choix du capitaine lors de l’événement en 2017. Vous n’y étiez pas en 2019. Vous avez envoyé un tweet de ce que votre absence de sélection, de la Coupe Solheim, signifiait pour vous, l’année dernière et comment vous alliez utiliser cela comme motivation. Comment le fait de manquer cet événement vous a-t-il conduit à votre position actuelle dans le cercle des gagnantes?

M.Sagstrom : En 2017, je savais que je jouais pour la qualification en Solheim. Puis, l’an passé, j’ai compris que je n’étais pas éligible. Seulement je me suis mise beaucoup de pression car je voulais tellement jouer dans l’équipe. J’ai donc connu de mauvais résultat et lors l’épreuve aux Bahamas, en 2017, j’ai terminé dernière. Cependant, à partir de ce moment, j’ai su que je devais abandonner ces idées, lâcher prise. L’an dernier, je pense que je me suis mise un peu de trop de pression. Je voulais vraiment faire partie de cette équipe. Finalement, j’ai eu une saison assez terne ce qui m’a donné du temps pour m’entraîner et me préparer mentalement.

LPGA : On imagine que cela doit être agréable de voir le travail porter ses fruits ?

M.Sagstrom : J’ai posté, sur instagram, en début de semaine, un message pour dire que la saison 2020 serait, sans doute, ma meilleure jusqu’ici. Et je ne croyais pas qu’elle serait, aussi vite, très bonne. J’ai travaillé dur depuis de nombreuses années et je pense que le plus grand changement qui s’est opéré en moi, c’est le travail mental. L’an dernier j’aurais pu me dire que terminer seconde était un bon résultat, mais maintenant j’ai libéré mon potentiel et c’est cette semaine que cela a payé.

Beth Ann Nichols : J’ai deux questions. Vous avez dit avoir vaincu vos démons avant de partir aujourd’hui. Quel était votre plus grand démon mental avant cette semaine?

M.Sagstrom : Eh bien, j’ai eu du mal à être un peu dans le présent. J’aime être dans le futur et je m’inquiète beaucoup pour le futur. Donc je pense que c’était ma plus grande chose, ce qui va se passer cette année, comment vais-je jouer, ai-je fait le travail, suis-je assez bonne. C’était le plus gros travail à réaliser. C’est la partie sur laquelle j’ai travaillé le plus.

Presse : Vous parlez beaucoup du côté mental de votre jeu, et vous êtes une joueuse très introspective. Quelle est l’importance de ce côté et le genre de renforcement de cette partie de votre jeu, à quel point cela a-t-il été déterminant pour la victoire ici ?

M.Sagstrom : Eh bien, je pense que c’est un tout. Si je n’aime pas ce que je fais, si je ne me sens pas bien, toute cette partie de la vie devient vraiment difficile. Cela a été de savoir comment m’identifier dans le golf. Je ne suis que la golfeuse Madelen. Comment puis-je être un être un simple être humain au quotidien et aussi une bonne joueuse de golf ? Depuis que je joue au golf, je me suis toujours identifiée à mes résultats, dans mon quotidien. Si je jouais mal, j’avais une mauvaise image de moi. C’est ce 1% que j’ai travaillé pour me sentir plus libre même si je passais deux heures de plus sur le putting green, à travailler. Donc, pour moi, cette démarche revient à être plus libre dans mon esprit et à vraiment apprécier ce que je fais

Presse : Vendredi, samedi, vous avez cumulé 16 birdies. Et je ne sais pas s’il y avait vraiment de la pression sur vous, mais il devait y avoir une tonne de pression sur vous, aujourd’hui sur les neuf derniers trous. Vendredi vous aviez plaisanté sur combien de putt vous alliez encore devoir jouer. Est-ce que vous vous êtes dit « ouais, je peux le faire » ou avez-vous subi la pression ?

M.Sagstrom : Oui, j’ai vraiment ressenti la pression. Je me sentais tremblante depuis le début aujourd’hui. Je me disais « d’accord, il faut le faire ». Mais mon état d’esprit, lorsque j’ai eu jugé de la ligne à jouer, dès que j’ai eu confirmé ma lecture de ligne, était de penser à la bonne vitesse de balle. C’est avec cette idée que je me regonflais. Et j’essayais juste de placer ma confiance dans le fait de ne pas être trop sur la défensive et simplement de penser à autre chose. De rester positive et de continuer à jouer. Certains jours, les putt tombent et d’autres pas. De toute évidence, cette semaine était la mienne.

Extrait de l’interview d’après match transcrite et adaptée.La version intégrale en anglais consultable ici