
Sur un parcours qui mériterait un article à lui seul, tant il est possible d’en discuter l’aspect peu fair play si cher au golf, la Suédoise Maja Stark a finalement était plus forte que l’armada Japonaise, qui reste placée, et quelques Américaines, dont la numéro un mondial, qui n’a pas démérité.
Le Ladies European Tour célèbre autant que la Suède celle qui fut à la lutte pour la première place de l’Ordre du mérite, du LET, en 2022, et qui avait été dominée par sa compatriote Linn Grant. Depuis, ces deux joueuses ont largement fait leurs preuves sur le LPGA Tour, en étant victorieuses, et c’est ensemble qu’elles ont fêté ce titre, qui est le plus convoité, hommes et femmes confondus, avec le prestigieux British Women’s Open.
D’ailleurs, il était saisissant, au terme de cette journée, de voir réunies sur une même image, trois joueuses Suédoises et toutes déjà titrées au moins une fois sur le circuit mondial.
La Suède qui continue de marquer l’histoire du golf féminin mondial depuis la victoire de Liselotte Neumann dans ce même US Women’s Open, en 1988 ! Et la croyance populaire de retenir trop souvent le nom d’Annika Sorenstam, parce qu’elle fut la première joueuse à inaugurer le Rolex Ranking et à cumuler les succès. Mais c’est bien Neumann qui ouvrit la voie à cette nation qui a régulièrement qualifié entre deux et trois joueuses, la même année, en équipe de Solheim Cup.
Et Anna Nordqvist d’avoir été privée d’un sacre à l’US Women’s Open, en 2016, après dénonciation et visionnage vidéo de sa sortie de bunker, au troisième trou de playoff, face à Britanny Lang, faisant d’elle la dernière Américaine à remporter ce tournoi, par un coup du sort.
Et Lang de ne plus jamais avoir fait parler d’elle par la suite, sauf dans la rubrique people avec la naissance de sa fille. Tandis que Nordqvist a continué d’affoler les leaderboard et les médias, jusqu’à prendre une petite revanche, en décrochant l’année suivante l’Evian Championship. Et en 2021, le British Women’s Open. Sans compter un triplé en Solheim Cup, tout ayant été le pilier de cette équipe, qui vient d’en faire son capitaine pour la prochaine édition.
Voici donc la relève du golf Suédois qui triomphe, à 25 ans, quand d’autres viennent de passer professionnelles, après avoir obtenu leur diplôme, et se débattront quelques années sur l’Epson Tour, le Letas ou Let, et termineront probablement leur carrière comme pro dans un golf, avec des droits de tapis. Voire consultante dans un média, allez savoir. Et c’est probablement parce qu’en France, nos joueuses reçoivent le conseil d’achever leurs études et de passer pro vers 24 ans, que notre pays n’a toujours pas produit de jeunes talents en capacité de se produire sur les grands rendez-vous internationaux, tels l’Augusta National Women’s Amateur, le Mizuho Americas Open et le British Women’s Open ainsi que l’US Women’s Open.
Alors que Maja Stark a suivi la seule voie possible pour embrasser une carrière de haut niveau, en misant tout sur le golf, ce qui lui a permis d’obtenir, à 20 ans, une exemption pour l’US Women’s Open, grâce à sa 6e place au classement mondial amateur.
Classée 12e le premier jour, Stark n’apparaissait pas comme une favorite, tant les Japonaises avaient fait forte impression. Mais au deuxième tour, la Suédoise de 25 ans se hissait à la seconde place, derrière Mao Saigo, qui continuait d’impressionner. Au terme du moving day, Stark prit la tête du tournoi et sema le doute dans les esprits. Se pouvait-il qu’une Japonaise ne réussisse pas l’exploit de s’imposer, alors que Shibuno, Takeda et Saigo semblaient les plus à même de s’adapter à ce parcours ? Par ailleurs, ceux qui suivent le LPGA Tour savent combien Stark est d’un tempérament bouillonnant, jusqu’à lâcher des coups de nature à lui gâcher sa carte. Mais ce tempérament lui avait également permis de tenir tête à Nelly Korda, en 2024, lors du Fir Hills Championship, avant d’aller en playoff, puis lors du Chevron Championship.
Et sur ce parcours préparé de telle manière que les bogey étaient plus simples à concéder que les Par à réaliser, avec un stimpmeter rarement vu aussi haut pour un tournoi féminin, il était très difficile de formuler un pronostic.
En tête jusqu’au bout
L’USGA nous épargna, dans ce dernier tour, de programmer des parties de trois joueuses, ce qui avait eu, la veille, le désagrément douloureux de provoquer un jeu interminable, de plus de 6 heures. Et en matière d’exemple de jeu lent, la leçon était loin d’être probante.
Ce sont donc des groupes de deux qui furent lancé, dès 07h51, jusqu’à 13h10, avec la paire Stark Lopez Ramirez. L’Espagnole de 22 ans, elle aussi qui, selon certains, aurait dû rester étudier au lieu de perdre son temps sur un parcours de golf dans le Winsconsin, semble promise à un bel avenir, dans son année de rookie sur le LPGA Tour. Fort heureusement, il n’y a pas que la voie du diplôme dans la vie pour réussir, et il faut se demander comment Lydia Ko aurait battu autant de records de précocité si sa maman l’avait attachée sur une chaise pour en faire une diplômée d’Harvard ou d’ailleurs. Ce qui ne l’a pas empêché de terminer ses études à la Pinehurst School d’Auckland, et de passer professionnelle à l’âge de 16 ans. Et Bernard Tapie n’aurait pas renié cette manière de concevoir la réussite, pas plus que Xavier Niel ne la discuterait.
Le match pour la victoire débuta au trou n°6, pour Maja Stark, lorsqu’elle signa son premier birdie, qui la fit passer de –7 à –8. A ce moment là, les Japonaises Saigo et Shibuno, qui évoluaient dans deux groupes différents, étaient à –6, en jouant –1 journée, tandis que Hye-Jin Choi, partie bien plus tôt, embrasait le parcours en signant un score de –5 journée, après 14 trous.
De son côté, l’Espagnole Lopez Ramirez, qui avait impressionné la veille, rencontrait plus de difficultés dans cette journée, et reculait d’un coup, après deux bogey (2 et 3) et un birdie (5). Et la pauvre n’était pas au bout d’une longue journée de frustrations.
D’ailleurs, sur le Par 5 du trou n°7, elle concédait un troisième bogey, mais n’était pas la seule à déraper sur ce green, puisque ce Maja Stark partit, elle aussi, à la faute. En cause, une balle hors du green, trop profonde, qui occasionna un chip et trois putt pour la Suédoise, qui revenait à son score initial. Ce qui rouvrit de nouvelles perspectives dans cette journée, avec la Japonaise Shibuno, toujours à –6 et assez agressive avec le parcours, et une Nelly Korda plutôt en réussite, qui venait de rentrer son second birdie à la suite, au trou n°9, lui permettant de rejoindre Shibuno à la seconde place.
A l’amorce du retour, rien n’était encore joué, et aucun résultat envisageable, tellement les green étaient redoutables, à la limite de l’anti-jeu. Mais c’est l’US Open, argumenteront toujours les plus intégristes. Il est vrai que nous vivons dans une société où les sports extrêmes ont la cote. A quand un rachat de l’USGA par une célèbre boisson Autrichienne majoritairement détenue par des capitaux Thaïlandais ?
Au trou n°11, Maja Stark retrouva du rythme et revint à –8 avec un putt de 4,26 mètres (source USGA). Et ce fut là le premier tournant de cette journée, car Nelly Korda venait de concéder un bogey sur le Par 3 du 13, de même que Hinako Shibuno, après un bogey au 10, retrouvait Korda et Takeda à –5. Saigo étant descendue à –4 et ne semblait plus du tout dans le coup pour animer ce tour final.
Ainsi, avec trois coups d’avance, Maja Stark brillait sur le parcours d’Erin Hills, avec sa toison d’or rassemblée en queue de cheval et coiffée d’une casquette qui n’empêchait pas son regard bleu de pénétrer les âmes.
La fin de cette journée se solda sur le modèle des trois premières, avec des joueuses en grandes difficultés sur ces green que l’on espère ne plus revoir dans un majeur, et des scores qui firent le yoyo entre un bogey et un birdie, dans le meilleur des cas, ou qui chutèrent fortement, au point d’anéantir tout effort.
Après un birdie sur le Par 5 du 14, Hinako Shibuno fut l’une de ces victimes, en ne parvenant pas à stopper sa balle, au second coup, sur le green, et se retrouvant avec un chip en contrebas du geen, assez délicat, sans visibilité sur le trou. Au troisième coup, elle joua son putter dans l’espoir d’amener sa balle au plus près du mat, mais la pente et la rapidité des green, firent rouler celle-ci à la limite de retomber en contrebas. La Japonaise ne dut son salut qu’à une légère tonte de pré green qui retint sa balle, d’où elle entreprit un nouveau putt, à environ 4,50 mètres du trou. Comme ce fut souligné sur Canal Plus Sport, avec beaucoup de pertinence, beaucoup de balles ont quitté la ligne à l’approche des trous, et il faut se demander si le parcours avait réellement était préparé avec la plus grande intégrité.
Quoi qu’il en soit, Shibuno en fut quitte pour un double bogey qui scella son destin dans ce dernier tour. Elle terminerait cet US Women’s Open à –3, après un dernier bogey au 18, après avoir été l’une des grandes animatrices de ce Majeur.
Et ce trou 18 fit quelques victimes, avec une position drapeau particulièrement sadique, à gauche, dans une cuvette mais non accessible directement.
Nelly Korda y laissera également un coup, pour terminer à –5, alors que Takeda jouera le Par, après avoir concédé un bogey sur le Par 4 du 17.
Mais le pire moment, sur ce green était à venir.
L’épreuve du feu pour Lopez Ramirez
Sans rivale, Maja Stark culmina jusqu’à –9, après son troisième birdie sur le Par 5 du 15. Mais le parcours ne lui fit pas plus de cadeau qu’aux autres joueuses, et ce ne fut pas pour autant que l’on prit plus de plaisir qu’en suivant le Chevron Championship ou le JM Eagle en Californie, qui a offert des perspectives somptueuses.
A l’abri d’un retour d’une joueuse partie devant elle, Stark avait le tournoi dans la poche. Encore fallait-il qu’elle rentre son dernier putt au 18, avec, au minimum, un coup d’avance. Elle en aurait trois, après avoir concédé un bogey sur le Par 4 du 17.
La Suédoise de 25 ans mis en jeu dans le rough, à gauche, et fut contrainte de jouer un coup de recentrage avant de tenter de prendre le green, en hauteur et dont les pentes pouvaient lui faire sortir sa balle très loin de son objectif.
De son côté, la jeune Espagnole alors 9e et qualifiée d’office pour la prochaine édition, trouva le fairway et mis sa balle dans le bunker, sous le green, au second coup.
Stark ne trouva pas le green au troisième coup, mais eut un chip très proche, avec une bonne visibilité sur le mat. Seule la pente du green restait à négocier pour amener sa balle au plus près du mat.
L’Espagnole joua en premier, en ne voyant pas le trou. Alors que cette sortie de bunker semblait simple à réaliser, elle attrapa la balle avec peu de sable et l’envoya très haut avant qu’elle ne retombe au travers des spectateurs, pour terminer dans la tente du recording.

Stupeur et émoi saisirent tous les observateurs. Erin Hills nous offrait un énième moment aussi tragique que naturel dans un tournoi Majeur aussi difficile à négocier. Finalement, Lopez Ramirez put jouer sa balle depuis la tente, après que chaises, table et informatique furent enlevés, et que les spectateurs soient repoussés de chaque côté. Et alors que la ligne de jeu semblait toute tracée vers le mat, l’Espagnole joua très à droite, de sorte que sa balle fila encore plus à droite, dévalant la pente sous le green, pour lui laisser le pire des coups à ce moment de la partie.
Probablement en proie à une émotion parfaitement compréhensible, la jeune femme de 22 ans accrocha son club dans l’herbe, en réalisant ce chip qui était son 4e coup, et qui allait conditionner un bogey, dont elle se serait bien passé.
Sa balle heurta le haut de la butte et lui revint dans les pieds. La stupeur saisit public et téléspectateurs, désolant même la plupart d’entre eux. Tout le monde assistait au plus cruel spectacle que ce parcours ait offert. Et comme à chaque fois, dans ce genre de cas, la joueuse est tentée d’en mettre un peu plus. Sa balle trouva bien le green, mais fila à près de 10 mètres du trou. Son 7e coup fut son premier putt qui laissa sa balle à hauteur de la marque de Stark, qui joua avant elle, afin d’accélérer le jeu.
C’est donc avec un triple bogey que l’Espagnole concluait ce tournoi, passant d’une belle 9e place à –2, à la 19e à +1, pour une carte de 79.
Maigre consolation pour elle, sa prestation restera dans les anales de ce tournoi, autant que le putt manqué de I.K Kim, au Kraft Nabisco en 2012, lorsqu’elle tint au bout de son putteur son premier titre en Majeur.
Mais l’on se souviendra, également, de Julia Lopez Ramirez, comme cette rookie du LPGA Tour qui, sans ce terrible moment, a su s’imposer en haut du leaderbord, et donner espoir à son pays, d’être la première Espagnole à remporter l’US Women’s Open.
Quant à Maja Stark, c’est avec un bogey inévitable qu’elle remportait son premier titre en Majeur, largement acclamée par une foule de connaisseurs, qui ont vu tout le talent de cette joueuse s’exprimer pendant des années et qui a dominé le parcours autant que son tempérament, ce dimanche 1er juin. Car le golf est aussi une aventure humaine, avant d’être un examen technique.
« Avant cette semaine j’avais peur de ne pas pouvoir jouer correctement au golf, car j’avais l’impression que cet objectif était trop loin pour moi », confia Stark en conférence de presse, tout en ayant expliqué, plus tôt, que son jeu n’était pas au mieux ces derniers mois. « C’est donc une expérience énorme et je suis tellement contente que mon coach soit là cette semaine. Je lui ai envoyé quelques SMS et je lui ai demandé : « que faire si je ressens ce genre de sensation au putting » ?. Et il a été à la hauteur en matière de conseils. C’est vraiment super », exprima la Suédoise avec les yeux encore rougis par l’émotion.
Maja Stark qui a également précisé qu’elle n’avait jamais rêvé de remporter l’US Women’s Open, car ce rêve était trop inaccessible à son sens. « Je ne me sentais pas capable de réaliser un tel exploit, pour être honnête ».
La Suédoise qui a joué en s’empêchant de regarder le tableau des scores et qui au 17 a tout de même jeté un œil : « j’ai fini par regarder et je me suis dit c’est comme ça ». Puis elle exprima la confiance qui l’anima : « je ne pense pas avoir vraiment eu confiance en moi. Je crois que j’ai simplement arrêté d’essayer de tout contrôler et que j’ai laissé les choses suivre leur cours. Pendant les entraînements, j’ai réalisé que si je laissais le club frotter légèrement au-dessus du sol, avant de taper la balle, je libérais une partie de mon corps », expliquait-elle. « Je pense que le fait de bien suivre mes processus de jeu, et de savoir me donner de petites choses comme celle-ci, cela a été une clé cette semaine, parce que je ne pense pas m’être vraiment fiée à ma confiance », ajoutait Stark, qui empoche la somme de 2,4 millions de dollars, quand un diplômé de 24 ans a toutes les chances de prendre un premier job au smic.
Désormais, la voici assurée de ses droits de jeu pour cinq ans, avec une belle porte d’entrée pour les prochains tournois majeurs.
Lottie Woad termine meilleur amateur

A 21 ans, leader du classement mondial amateur, et probablement pas partie pour user ces culottes sur les bans des universités, l’Anglaise Lottie Woad est la fierté de son pays, elle qui reçut la Smyth Salver, aux côtés de Lydia Ko, à St Andrews, l’an dernier.
Dans ce dernier tour, elle n’avait qu’une rivale, l’Américaine Farah O’Keef, qui concéda un bogey au 17, après avoir réussi à revenir à –6, un coup derrière l’Anglaise qui évoluait deux trous devant elle. Malgré un retour composé de trois bogey, Woad a profité des moins bonnes performances de ses poursuivantes, dans ce classement amateurs, hormis l’Américaine Kiara Romero, qui signe une dernière journée exceptionnelle en –5 ! Mais cette performance n’a pas suffit à la n°3 mondial, pour combler son écart avec l’Anglaise. Cependant, la presse golfique retient cette incroyable dernière journée de l’Américaine, qui va pouvoir alimenter sa revue de presse avec de nouveaux honneurs.

Côté Français, Céline Boutier clôture ce tournoi à la 45e place, avec une dernière carte assez lourde, soit 79, tandis que Pauline Roussin-Bouchard réalise une bonne opération en ayant joué 72, gagnant quelques places au leaderboard, et, surtout, prenant de précieux points pour le classement de la Race to CME. La voici 103e, en ayant gagné 14 places, ce qui signifie qu’avec de nouveaux bons résultats, elle pourra entrer dans le Top 100 des joueuses automatiquement sélectionnées pour la prochaine saison.
Une bonne nouvelle pour la promotion du golf féminin français, que d’avoir cette perspective de deux joueuses à temps plein sur le tour, même si nous aimerions en avoir autant que la Suède !
Prochain tournoi, cette semaine, avec le fameux ShopRite LPGA Classic !
Le classement final => ICI














