
Ce troisième tour n’a pas été le plus excitant que l’on ait connu sur le LPGA Tour. Toujours en tête, l’Américaine Jenny Bae a joué à tâtons sur ce parcours où il fait toujours chaud avec un vent qui s’engouffre dans les couloirs boisés.
L’absence des meilleures joueuses du Top 80 ouvre des possibilités de victoire à toutes les autres, mais permet aussi de mieux se rendre compte pourquoi Nelly Korda est Nelly Korda !
Tout au long de cette journée, on a eu l’impression de vivre une épreuve de l’Epson Tour, avec d’anciennes pensionnaires de ce circuit qui en ont mis dans tous les sens. Certes, le vent complique le jeu, et le parcours n’est pas simple à aborder. Mais quand le fairway est tout droit et que les balles partent à gauche ou à droite, même sur des distances assez courtes, on commence à se poser sérieusement des questions quant à la lucidité des joueuses prises dans cette tourmente.
Toujours en tête, l’Américaine Jenny Bae, qui évoluait sur l’Epson Tour l’an dernier, avait pourtant bien abordé cette nouvelle journée, en signant trois birdie à la suite, dès le trou n°1. Mais à partir du Par 4 du trou n°6, elle commença à perdre ses moyens, en concédant un bogey. « J’étais très neurveuse et tendue avant le départ. Les trois birdie consécutifs m’ont vraiment donné de la confiance et m’ont permis de terminer en force. Je n’ai pas terminé aussi bien que je l’aurais souhaité, mais ce n’est pas grave. Cela m’indique simplement que je dois me battre davantage sur 18 trous », confiera l’Américaine de 23 ans, après cette journée.
Et en effet, tout est allé de travers pour elle, et surtout en fin de journée, où l’on sentait bien toute l’émotion qui l’assaillait. Bae maîtrisa autant qu’elle le put, cette journée, en sauvant des Par, avec des balles très loin des mats. Puis, vers la fin de la journée, par trop de tensions, on eut cru assister à un tournoi de l’Epson Tour, lorsque avec sa camarade de jeu, elle aussi sur ce circuit l’an dernier, elles commencèrent à quitter les fairway et à jouer sans trop de cohérence vers les mats.
Le jeu de Miranda Wang se dégrada d’ailleurs plus vite que celui de Bae, et au retour, la Chinoise concéda son second bogey sur le Par 4 du 12, qui déclencha toutes sortes de petites fautes qui portèrent préjudice à sa progression.
Comme au 13 où Wang se retrouva dans le bunker de green, et dont la sortie, bien trop forte, envoya sa balle au fond du green. Par miracle, elle sauva le Par. De son côté, Jenny Bae était fébrile du tee au green, et il fallait bien qu’à un moment tout ceci se manifeste pas de mauvais coups. Sur le 15, un Par 3 très accessible de 111 mètres, elle joua très largement au-delà du mat et se laissa un putt d’environ 7 mètres. Wang dépassa également le mat, d’environ la même distance. Son putt dépassa le trou de près de 1,50 mètre, mais aussi loin de la ligne idéale. Et ce fut à peu près la même chose pour Jenny Bae, qui eut un putt de retour d’environ 1 mètre. Et si Bae sauva le Par, Wang fit passer sa balle à côté du trou. La tension, dans cette partie, était plus que palpable.
Alors que devant, l’Australienne Gabriela Ruffels, bien que ne parvenant pas à concéder moins de bogey, loin de là, jouait plus calmement, avec des coups plus ajustés. Et si son début de journée avait débuté par un double sur le Par 4 du trou n°1, et qu’elle avait concédé deux bogey au 6 et au 7, et un autre sur le Par 5 du 13, elle semblait plus sereine en fin de journée. Et cela se vit au niveau de son jeu, et sur sa carte de score. Championne de l’Epson Tour en 2023, grâce à 3 victoires et un talent désormais largement affirmé, l’Australienne signa un birdie sur le Par 4 du 14, qui allait amorcer une belle remontée. Et au 16, Ruffels encore loin du Top 5, parvint à ajuster son approche pour amener sa balle sous le mat, à environ 2,50 m du mat. Et son putt fut impeccablement joué, avec engagement et précision, lui offrant le premier birdie d’une série de trois, ce qui lui permit de passer de –1 à –5, pour se positionner à la 3e place virtuelle, en lice pour la victoire finale.
Car avec le score de –5 total, Gaby Ruffels était loin de se douter que derrière elle, le dernier groupe allait encore continuer à jardiner.
Balle dans l’eau et coups de moue
Cette fin de journée tourna au tragique avec des coups qui amenèrent les joueuses dans des positions scabreuses. Si l’on comprend que le mauvais coup, en golf, fait partie intégrante du haut niveau, parce qu’inévitable, l’accumulation de mauvais coups renvoie irrémédiablement à la pratique des amateurs. Et subitement, nous prîmes conscience que nous avions devant les yeux non pas le Top 80 du LPGA Tour, mais des joueuses encore balbutiantes avec leur jeu, qui en d’autres circonstances seraient écrasées par l’élite mondiale qui monopoliserait le haut d’un classement et l’attention de tous les médias. Oui, nous assistions bine à du golf féminin, mais à ce jeu qui fait qu’une joueuse est 80e, ou 70e d’un classement annuel, et qu’elle aura du mal, aux côtés des meilleures, de franchir un Cut, et plus encore d’aller chercher une victoire.
En fait, ce samedi, chacun a pu voir ce que les caméras d’une production ne montre jamais. Et ce fut très instructif de voir Jenny Bae, Miranda Wang ou encore Brianna Do partir à la faute, tout en étant parmi les joueuses en lice pour la victoire finale. On imagine alors tout le travail que ces joueuses doivent encore accomplir pour devenir la prochaine Lilia Vu, Hannah Green ou Céline Boutier.
Ainsi, au trou n°17, l’Américaine Brianna Do, qui fut en tête le premier jour, envoya sa balle dans l’obstacle d’eau, sous le green, sur ce Par 4 accessible au bois dès le premier coup. Un coup largement à gauche dans la zone où il ne fallait pas rater. Par chance, sa balle reposa sur un lit de vase et de sable et c’est les pieds dans l’eau, qu’elle put jouer un wedge pour sortir proprement cette balle, sans pénalité. A un mauvais coup succédait un bon, permettant à l’Américaine de sauver le Par, pour rester à –3.
Peu avant, sur le trou n°16, Jenny Bae lâcha sa mise en jeu à droite, alors que Miranda Wang envoya sa balle à gauche qui fila vers la forêt, avec un fairway qui lui tendait les bras. Par chance, la Chinoise échappa au pire en retrouvant sa balle sur le chemin en ciment des voiturettes, à la lisière d’un rough qui délimitait l’obstacle d’eau, quelques mètres plus loin. La Chinoise bénéficia d’un drop et pu trouver un bout de green. Comme Bae, elle signa le Par. Et l’Américaine de rester bloquée depuis à –8, depuis son bogey sur le Par 4 du trou n°6. Bien qu’en tête, Jenny Bae n’avançait pas, mais elle avait la chance que les joueuses classées immédiatement après elle, étaient déjà au club house. Ainsi, Yahui Zhang (-6), Chisato Iwai (-6), Somi Lee (-4), Haeji Kang (-4), Lindy Duncan (-4) et Aline Krauter (-4), ne pouvaient plus la rattraper. Une chance pour Bae qui allait conserver sa position de leader, en partie à cause de cette situation.
Au 17, la Chinoise Wang nous fit vivre une incroyable émotion. Tentant d’atteindre le green avec son bois 3, au premier coup, elle envoya sa balle à gauche, qui roula du rough dans l’obstacle d’eau. La joueuse joua son drop, dans la pente entre l’eau et le bunker, et parvint à trouver le green, mais à environ 5 mètres du mat. Avec ce que chacun avait pu voir jusque là, le bogey semblait le résultat le plus probable. Mais Wang s’appliqua et réussit à sauver le Par, avec un coup presque autoritaire, qui fit taper sa balle dans le fond du trou.
Au 18, Wang mis en jeu dans le rough, encore à gauche, alors que Jenny Bae trouva le fairway, et c’était heureux pour elle. Mais au second coup, avec le green en ligne de mire, sa balle gicla à gauche, trouva un bout de rough, puis une bande de sable et se logea un peu après un bosquet d’arbres, avec le green dans la perspective. Le coup sembla simple à jouer, soit un chip avec un club un peu plus fermé qu’un wedge, pour faire décoller cette balle puis la faire retomber sur le début du green afin qu’elle roule vers le mat. Mais ce fut, au contraire, un club qui s’enfonça dans le sable avant de toucher la balle, qui gicla sur environ deux mètres, avant de se figer, à nouveau, dans le sable, sous le regard consterné de la joueuse.
Manifestement en proie au stress, très affectée par ce coup, l’Américaine sentait alors que sa place de leader était en danger. De son côté, Miranda Wang semblait plus lucide en fin de partie. Son chip depuis le rough amena sa balle au bord du trou, manquant de lui apporter un dernier birdie.
Bae joua son second coup depuis cette maudite bande de sable qui venait de lui enlever toute chance de birdie. Joué bien trop fort, ce coup envoya sa balle au fond du green, lui laissant encore beaucoup de travail pour sauver le Par. Finalement, son putt joué depuis le pré green, laissa sa balle à 10 centimètres du trou, et c’est avec un bogey qu’elle clôturait sa journée, en passant de –8 à –7, lui offrant un seul coup d’avance au classement général.
« Je ne pense avoir été frustrée par tous ces Par », confia Jenny Bae. « J’ai le sentiment d’avoir laissé passer quelques birdie, mais ce n’est pas grave, car je sais que ces occasions manquées aujourd’hui pourraient aussi celles que je réussirai demain », expliqua-t-elle avec philosophie. Et nous verrons bien si, ce dimanche, tous ces coups concédés ne seront qu’un vieux souvenir ou une réelle sanction, face à cette unique chance d’aller chercher une première victoire sur le LPGA Tour. « Je me sens bien », ajoutait-elle, après avoir été particulièrement soumise au stress. « J’ai simplement besoin de rester dans le moment présent, de me concentrer sur chaque coup et d’essayer d’être dans le moment comme mon caddie me l’a dit », confiait-elle.
Seconde à –6, la Chinoise Zahui Zhang est elle aussi en lice pour la victoire, après avoir clôturé sa journée avec deux birdie, au 17 et au 18. Rookie cette année, après avoir été élue rookie de l’année sur l’Epson Tour l’an dernier, cette joueuse de 19 ans est l’archétype de ces futures stars du circuit mondial. « Aujourd’hui, ils ont avancé les départs du second trou. Je pense que cela m’a beaucoup aidé. Et hier, j’ai vu le reportage sur Jenny Bae et Miranda Wang, et elles ont expliqué leur jeu, leur stratégie, leurs performances. Alors je me suis dit : « ok, je vais essayer d’apprendre à jouer comme elles ». Et aujourd’hui ça a fonctionné », confessa Zhang qui signe une carte de 68 et qui va désormais pouvoir expliquer à Wang et Bae comment il faut mettre en application leur propre jeu ! Et finalement, on comprend mieux pourquoi la Chine a cette capacité d’être de copier les idées des autres en les optimisant, pour s’imposer dans la scène commerciale internationale.
La Japonaise Chisato Iwai a également joué –4 dans cette moving day et avec Zhang elles sont les deux favorites, avec Ruffels, pour mettre en difficulté Bae dans cette course pour la victoire.
Quoiqu’il en soit, cet dernier tour pourrait bien ressembler à un final sur l’Epson Tour, avec autant d’ancienne pensionnaires de ce circuit, si haut dans le classement.
Le classement provisoire => ICI
La vidéo des meilleurs coups















