
Toujours accompagnées par le vent, les joueuses encore en lice, après le Cut, ont encore bataillé contre ce parcours où la stratégie fut essentielle. Et si l’on a pu voir de nombreuses erreurs de trajectoire et de profondeur, ce sont finalement celles qui ont réussi à mieux s’extraire des difficultés dans lesquelles elles s’étaient mises, qui ont assuré le spectacle. Quant à la victoire, elle s’est jouée sur le fil, dans le cadre d’un scénario rocambolesque.
Cette dernière journée a mis un peu plus en évidence la nécessité de faire preuve de stratégie et d’avoir préalablement bien repéré chaque zone de ce parcours qui recèle 174 bunker, assez profonds. Beaucoup d’erreurs ont été commises durant cette ultime journée, et il n’est pas anormale que la victoire ne se soit pas jouée avec un score plus élevé.
Alors qu’elle avait fait preuve d’une belle maîtrise, depuis vendredi, en sortant en tête samedi soir, avec une avance de trois coups, l’Américaine Yealimi Noh restait sous pression face à un parcours dont elle savait qu’il ne pardonnerait aucun écart, nécessitant de ne pas relâcher son attention.
Après un birdie sur le Par 4 du trou n°2, et un Par au trou suivant, son jeu commença à se désunir. C’est à cause d’une mise en jeu dans le bunker de fairway qu’elle ne parvenait pas à prendre le green du trou n°4, en régulation. Contrainte à un recentrage depuis le sable, l’Américaine eut un coup de 126 mètres, jusqu’au mat. Bien que son coup de fer plaça la balle sur le green, celle-ci roula, roula, roula et termina hors du green. L’Allemande Esther Henseleit partageait sa partie avec l’Américaine et manqua également le green. Et toutes les deux eurent un premier long putt à négocier. L’Allemande signait un Par, et l’Américaine un bogey, qui n’allait pas être le dernier.
Après 8 trous, Yealimi Noh avait presque dilapidé son capital, mais elle restait en tête avec le score de –5, devant la Japonaise Shiho Kuwaki, dont le jeu puissant manquait un peu de finesse, voire de subtilité. Elle aussi se retrouvait dans des situations compliquées et aurait pu éviter soit le bogey du Par 4 du trou n°4, soit rentrer quelques birdie de plus. Et ce fut la même chose pour des joueuses comme Lottie Woad, Hae Ran Ryu, Lucy Li, et surtout Atthaya « Jeeno » Thitikul, qui fut à côté de son sujet toute la journée.
Celle qui avait signé le record du parcours, au premier tour, était confrontée à d’importants problèmes de profondeur. Soit elle jouait trop loin sous le mat, soit elle se retrouvait trop loin après le mat. Durant presque 18 trous, la Thaïlandaise de 23 ans chercha plus à sauver des Par qu’à rentrer des birdie. Même si elle tenta de le faire à plus de 10 mètres du mat, non sans une certaine adresse.
La Sud-coréenne Hae Ran Ryu, qui jouait avec Shiho Kuwaki, s’effondra également très vite. Malgré un birdie sur le Par 3 du trou n°1, elle concéda un bogey sur le Par 4 du trou n°3, puis un double sur le Par 3 du trou n°5. Et, sur ce parcours où chaque coup perdu est long à reprendre, Har Ran Ryu apparut vite comme hors course pour la victoire.
Dans la même veine, l’Américaine Lucy Li débutait plus fort encore avec deux birdie, sur les deux premiers trous. La force de l’Américaine résidait dans sa capacité à faire preuve de précision. Puis, ce fut la douche froide et ce moment qui allait peser sur le moral de la joueuse, une bonne partie de la journée. Après un bogey sur le Par 4 du trou n°4, l’Américaine lâcha sa mise en jeu à gauche, dans le bunker de fairway du trou n°5. Elle se retrouvait avec une balle collée à la paroi et n’eut d’autre choix que de jouer en travers. Lors de cette sortie de bunker, sa balle fila de l’autre côté du fairway, et s’immobilisa dans un petit rough, collée à un panneau publicitaire. Cependant, elle était à hauteur du green. L’obstruction étant amovible, elle put jouer sans difficulté son troisième coup avec une cuvette à franchir et une petite lèvre qui dominait le green. Mais elle ratait son chip ce qui fit avancer sa balle de quelques mètres, dans cette fameuse cuvette. Et le coup n’était plus le même puisqu’elle devait lever sa balle pour la faire atterrir sur le green, puis la faire rouler jusqu’au mat qui se situait à environ 20 mètres. Et là encore, elle ne mit pas assez d’énergie dans son coup, ce qui laissa sa balle sur le green, sans la faire rouler suffisamment. Venant de consommer quatre coups, sur ce Par 3, Lucy Li joua pour sauver le bogey, avec un putt en descente et encore trop long pour espérer rentrer la balle. Finalement, ayant totalement perdu ses moyens sur ce trou, elle concédait un triple bogey qui la fit chuter de –5 à –2, tout en lui mettant un sérieux coup au moral.
Le visage fermé, l’Américaine de 23 ans enchaîna les trous suivants avec fébrilité. Ne signant que des Par entre le Par 5 du 5 et le Par 4 du 10, elle perdit un temps précieux pendant que Noh, Henseleit et Kuwaki se maintenaient en haut du classement. Malgré un birdie sur le Par 5 du trou n°11, où 18 birdie furent signés dans ce dernier tour, contre 25 lors de la première journée, Lucy Li se remit à faire des erreurs au point qu’elle concéda un bogey au 14, un autre au 15, puis deux autres sur les deux derniers trous. Et au 16, avec un putt à moins d’un mètre, l’Américaine poussait la balle et la faisait passer à gauche du trou, lui mettant un coup au moral supplémentaire.
On ne compta plus les coups lâchés dans le rough et les balles dans le bunker, et l’on comprit que cette journée laisserait une trace dans l’esprit de cette joueuse qui fut présentée comme une future star du LPGA Tour, dès son plus jeune âge.
Ainsi, au travers du jeu de Lucy Li, de Hae Ran Ryu, de Attahya Thitikul et de Yealimi Noh, ont compris que toutes ces joueuses qui ont l’habitude de jouer sur des parcours où les fairway sont larges et tolérants, mais aussi plus plats, et où les bunker sont moins nombreux, qu’elles n’étaient pas prêtes à affronter un parcours aux origines de la discipline. Et le Royal Lytham & St Annes Golf Club n’avait pas fini de se défendre, jusqu’à ce que les deux meilleures de cette journée ne trouvent une clé pour marquer un point décisif.
Henseleit surprend, Kuwaki résiste et gagne !
La fin de cette journée et de ce tournoi allait mettre en évidence la solidité de l’Allemande Esther Henseleit, qui allait mieux résister aux pièges du parcours que sa partenaire de jeu, l’Américaine Yealimi Noh, en qui on avait un peu facilement placé notre confiance, pour aller chercher cette dernière victoire en Majeur.
Après ses trois bogey à l’aller et être descendue à –5, Noh tenta de se relever. Au 10 elle signait le Par et au 11, ce dernier Par 5 que les joueuses se devaient de ne pas saborder, elle envoya sa mise en jeu dans le rough, à gauche. Alors que Henseleit se retrouva à droite. Au 3e coup, Noh trouva le green à droite, mais loin du mat, alors que l’Allemande se laissa un putt de moins de 5 mètres. Henseleit inscrivit un birdie, tandis que l’Américaine ne signa que le Par.
Entre temps, la Japonaise Shiho Kuwaki était passée en tête, avec le score de –5, en signant un birdie sur le Par 4 du trou n°13. Un trou dont le départ fut avancé, au point que les joueuses sortirent le driver pour aller chercher le green. Et beaucoup mirent en jeu dans le bunker à gauche du green, ce qui ne manqua pas de créer des difficultés pour en sortir. Ryu allant même jusqu’à jouer un léger chip, dans le sable pour se laisser un meilleur lie pour sortir du bunker, au coup suivant. Assez à l’aise au putting, la Japonaise rentra son putt d’environ 4 mètres, après avoir réalisé une sortie de bunker qui fit rouler sa balle après le mat.
Elle se retrouvait, alors, à égalité avec Yealimi Noh, tandis que la Chinoise de Taipei, Wei-Ling Hsu était revenue à la 3e place, en jouant –4 après 17 trous. Lucy Li était encore dans le coup, à ce moment de la journée, également à –3 avec Esther Henseleit.
Mais progressivement, l’Américaine Yealimi Noh accumula les fautes, alors que l’Allemande joua bien mieux. Au 11, au 12 et au 15, Henseleit signa un birdie, ce qui la fit grimper à –5, col leader avec Kuwaki. Tandis que Noh glissa à –4.
Mais sur le Par 4 du 16, Henseleit mettait en jeu, à gauche, dans le rough, et elle ne put bien attaquer le green où elle y posa balle, lui laissant un putt un peu technique, à cause de la pente. Finalement, sa balle passa sous le trou et elle concéda un bogey.
A deux trous de la fin de ce dernier tournoi majeur de la saison, le suspense était entier. Car Shiho Kuwaki, bien que jouant un golf manquant un peu de finesse, par moment, parvenait à sauver des Par et à se maintenir à –5. Alors que Yealimi Noh était manifestement submergée par la complexité du tracé et que Esther Henseleit donnait le sentiment d’avoir compris comment mieux jouer, tout en concédant, ça et là, quelques fautes.
Finalement, Kuwaki rentra au club house en position de leader, sans concéder de bogey depuis le Par 3 du trou n°5, tandis que Noh et Henseleit s’avançaient au départ du trou n°8, toujours affublées du score de –4.
En cette fin de journée, le vent soufflait en travers du fairway, à moins de 10 km/h. L’incidence sur le vole de la balle était donc faible. Noh lâcha toute de même sa mise en jeu à droite, dans le rough, alors que Henseleit réalisa un très bon coup qui fit rouler sa balle sur le fairway, entre les obstacles. Mieux placée sur le fairway, l’Allemande laissa l’Américaine jouer son second coup, qui posa sa balle à gauche du mat, à environ 10 mètres. Henseleit ne fit pas mieux et fut même un peu plus loin.
Dans son fauteuil en cuir, de style Chesterfieldf, Shiho Kuwaki suivait attentivement ce qui se déroulait, dehors, à quelques dizaines de mètres. Quant l’impensable se produisit. La balle de l’Allemande, vice championne olympique, roula sereinement en direction du trou. Et plus elle se rapprochait, plus la joueuse fixait la balle et levait progressivement la main. Puis, la balle d’Esther Henseleit s’engouffra dans le trou, et elle tendit le bras et un doigt vers le ciel pour célébrer ce birdie qui l’envoyait en playoff avec La japonaise. Il ne manquait plus qu’à Yealimi Noh, alors largement en tête de ce dernier tour, presque quatre heures plus tôt, à en faire de même. Mais elle échoua et elle s’inclina avec le Par.
Kuwaki n’attendit pas une seconde et se leva de son confortable siège pour rejoindre son caddie. Après avoir signé sa carte, Henseleit et Kuwaki étaient emmenées en voiturette au départ du trou n°18, et c’est la Japonaise qui gagnait le tirage au sort.
Il était évident, après avoir assisté à ces quatre journées de golf, que la première joueuse qui partirait à la faute aurait du mal à dominer l’autre, au score. Et c’est Kuwaki qui tomba dans le piège tendu par ce parcours, en envoyant sa mise en jeu, dans le rough, sur la crête d’un bunker. Alors que Henseleit envoya encore un missile, lui ouvrant une voie royale vers le green.
Kuwaki ne put mieux faire que d’envoyer son second coup sur le fairway, alors que Henseleit manqua de précision et se laissa un putt, d’environ 6 mètres, à gauche du mat. Et la Japonaise de réagir en allant chercher le mat, au 3e coup, pour un putt à moins d’un mètre du trou. De sorte que si l’Allemande manquait son putt pour birdie, les deux joueuses retourneraient au départ du 18. Et c’est exactement ce qui se produisit.
Et lors de cette nouvelle mise en jeu, c’est Esther Henseleit qui partit à la faute, en jouant à droite, avec une balle qui toucha le pied d’un spectateur et gicla encore plus à gauche, pour se loger sous les branches d’un petit buisson d’ajoncs. Tandis que Shiho Kuwaki réalisa, enfin, une mise en jeu parfaite, qui lui assurait une bonne prise de green.
Après une longue discussion avec son caddie, et avoir bien observé le lie de la balle, Henseleit joua un coup exceptionnel, que beaucoup d’amateurs auraient manqué. C’est à gauche du fairway qu’elle envoya sa balle tandis que Kuwaki eut la possibilité d’assurer une bonne approche du mat. Mais là encore, on fut surpris de voir que la Japonaise joua à gauche, lui laissant un putt assez similaire à celui qui permit à l’Allemande de forcer le playoff.
De son côté, Esther Henseleit, avec moins de distance à jouer que la Japonaise, ne parvint pas, également, à placer sa balle près du mat. Cependant, elle disposait d’un putt à environ 4 mètres qui laissait espérer un Par.
Kuwaki joua son premier putt et n’appuya pas assez ce coup, au point que sa balle s’arrêta près de 50 centimètres avant le trou. L’Allemande avait alors son destin entre ses mains, elle qui avait réussi l’impossible vingt minutes plus tôt. Mais c’est à côté du trou que sa balle passa, impliquant un nouveau putt pour bogey.
Ainsi, Shiho Kuwaki avait devant elle une distance si faible à parcourir que chacun compris que la victoire ne pouvait plus lui échapper.
Shibuno, dans l’ombre de Kuwaki
Un an après sa compatriote Miyu Yamashita, la Japonaise de 23 ans, qui a parcouru plus de 14 000 kilomètres pour venir participer à ce tournoi, elle qui évolue sur le Japan LPGA, remportait sa première victoire sur le LPGA Tour, et cette 50 édition du Women’s British Open. Sur le bord du parcours, son père ne pouvait contenir son émotion et verser des larmes parfaitement légitimes. En conférence de presse, Kuwaki ne réalisait toujours pas ce qu’elle venait d’accomplir : « je ne peux pas le croire. J’ai gagné. Je suis comblée de bonheur et reconnaissante pour tout ce qui m’attend ». On lui demanda alors si sa première journée en 66 l’avait mise en confiance : « lors du second tour il y avait beaucoup de vent. Le fait d’avoir dû gérer mon jeu dans des conditions aussi difficiles m’a vraiment aidé aujourd’hui. Et tout au long de ce tournoi », confiait la Japonaise qui expliqua qu’elle a grandi avec Hinako Shibuno, en fréquentant le même lycée : « elle m’a énormément soutenue. Elle vient toujours me parler lorsque nous sommes à l’étranger ou que nous participons aux mêmes évènements. Pas plus tard qu’aujourd’hui elle m’a envoyé un message pour me souhaiter un bon match. C’est vraiment formidable de l’avoir à mes côtés. Elle est un peu comme une sœur et je lui suis infiniment reconnaissante ».
On apprit, également que Shiho Kuwaki aime bien consommer de l’alcool et que la célébration de cette victoire serait arrosée au whisky soda !
Enfin, quelques journalistes se sont intéressés à la couleur de sa balle, mais aucun ne lui a demandé ce qu’elle avait ressenti durant ce playoff, ce qui était, pourtant, le premier sujet qui nous intéressait.
Autre sujet qui a passionné la presse, les couleurs flashy des vêtements de la Japonaise, ce qui, là encore, n’offre aucun intérêt quand on attend de savoir si elle va accepter ses droits de jeu sur le LPGA tour.
Ainsi, avec cette victoire, Shiho Kuwaki, qui détient déjà un solide palmarès au Japon, n’est plus contrainte de participer à la Q-school, ce qu’elle avait initialement prévu. Nous attendons donc de savoir si elle accepte immédiatement ses droits de jeu sur le LPGA Tour, ou si, comme sa compatriote Mone Inami, vainqueur du TOTO Japan Classic, en 2023, elle attendra la saison prochaine pour débuter sur le Tour.
Et l’on constatera que le résultat final de Women’s British Open est assez similaire à celui de l’an dernier, puisque la meilleure joueuse amateur est Espagnole et que la joueuse vainqueur est Japonaise. Seul le nom du vainqueur change puisque Paula Martin Sampedro est à nouveau lauréate de la Smyth salver. Et il n’y a toujours pas de Françaises pour jouer à un aussi haut niveau.
Du côté Français, Céline Boutier clôture ce tournoi à la 12e place, en ayant joué 69 lors du dernier tour, alors que Nastasia Nadaud se classe 44e à +7, avec une dernière carte de 73 et que Pauline Roussin-Bouchard a joué le Par, la faisant terminer 58e à +10.
Quant au trophée récompensant la joueuse la plus performante en majeur, c’est Nelly Korda qui remporte le Annika Major Award, grâce à sa 4e place, ce dimanche, au détriment de Hae Ran Ryu qui a terminé 6e à –1.
Le classement final => ICI
Les statistiques des Françaises du dernier tour

Les statistiques du Top 10, au dernier tour

Les statistiques de Paula Martin Sampedro sur 4 jours


























